André Malraux avait tort. Le XXIe siècle ne sera pas religieux avant tout : il sera sportif ! Nous sommes entrés dans l’ère du sport mondialisé, source de soft power. Le sport est devenu le nouveau terrain d’affrontement – pacifique et régulé – des Etats. Lorsque la globalisation efface les identités nationales, le sport devient le moyen le plus efficace pour ressouder la nation, autour d’un projet commun et fédérateur. Dans ce « village global » qu’est devenue la planète, les champions sont les habitants les plus connus et les plus populaires. Tout le monde a entendu parler d’Usain Bolt, de Kylian MBappé , de Cristiano Ronaldo ou encore d’Hakimi. Le nom de Pelé est gravé à tout jamais dans les mémoires. «Le sport c’est de la puissance en version soft», disait le chercheur en relation internationale Pascal Boniface. Analyse.
Regardez autour de vous. Demandez à un enfant marocain, à un étudiant Tanzanien ou à un retraité brésilien de citer trois personnalités vivantes. Les noms qui reviendront ne seront ni ceux de chefs d’État, ni ceux de patrons du CAC 40. Ils seront ceux d’Usain Bolt, de Messi, de Cristiano Ronaldo ou encore d’Hakimi. Le champion est devenu l’habitant le plus connu du village global – une célébrité qui traverse les langues, les régimes politiques et les barrières économiques. Pelé, mort en 2022, continue d’habiter les mémoires comme une légende intemporelle. Cette popularité n’est pas anecdotique : elle confère à chaque athlète une capacité de rayonnement que bien des ministères des Affaires étrangères envient.
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«Dans un monde où les rivalités nationales persistent mais se règlent moins souvent qu’autrefois par le sort des armes, où les frontières n’ont pas disparu mais sont plus poreuses, où les peuples doutent de leur identité et de leur avenir, le sport offre des réponses aux pertes de repères et aux volontés d’exister», explique le rapport de l’IRIS sur le sujet.
Le terrain de jeu pacifique des États
Dès lors, le sport devient un champ de bataille – mais pacifique, encadré par des règles universelles et une gouvernance supranationale. Les Jeux olympiques, la Coupe du monde de football, les tournois de tennis du Grand Chelem : autant de scènes où les nations s’affrontent sans tirer une balle. La victoire d’un coureur jamaïcain, d’un basketteur américain ou d’un judoka français est immédiatement lue comme un succès national. Le drapeau hissé, l’hymne joué, les larmes sur le podium : tout cela résonne bien au-delà du stade. C’est une affirmation identitaire dans un monde qui nivelle les différences.
Cette fonction fédératrice est cruciale. Lorsque la mondialisation fragmente les repères collectifs, dilue les cultures locales et uniformise les modes de vie, le sport offre un réactif puissant. Un match de l’équipe nationale devient un moment de communion quasi rituelle. Les différences sociales, ethniques ou politiques s’effacent provisoirement. Le pays se vit comme une communauté unie autour d’un projet commun.
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«Le sport est devenu un élément essentiel du rayonnement d’un État et plus largement de tous les acteurs qui se bousculent sur la scène internationale. Le «soft power» – la puissance douce – occupe désormais un espace de plus en plus large, où l’image, la popularité deviennent des facteurs plus certains et plus pérennes de suprématie que la force brute et imposée», souligne le rapport.
Le Maroc à l’heure du soft power sportif
Le royaume chérifien ne déroge pas à la règle. La simple mention de « Hakimi » dans la liste des stars planétaires n’est pas anodine. Le latéral droit de l’équipe nationale, formé au Real Madrid et aujourd’hui au PSG, incarne une génération de footballeurs marocains qui ont porté très haut les couleurs du pays. Sa notoriété dépasse largement les stades : elle projette l’image d’un Maroc moderne, compétitif, capable de produire des talents reconnus aux quatre coins du globe. C’est là une forme de puissance douce à l’état pur, sans budget de communication institutionnelle ni campagne de lobbying.
Par ailleurs, derrière cette machine, il y a des réalités économiques tangibles. Un champion comme Hakimi ou un événement sportif majeur attirent les investissements, les sponsors, les diffuseurs télévisuels. Les contrats de droits audiovisuels se chiffrent en milliards. Le tourisme sportif explose lors des compétitions internationales. Les équipementiers rivalisent pour habiller les équipes victorieuses. Bref, le sport crée de la valeur, des emplois, des retombées fiscales. Pour un pays comme le Maroc, qui mise sur le développement d’une économie des services, capitaliser sur ses athlètes et sur l’organisation de compétitions (CAN, Mondial 2030) est une stratégie cohérente. « L’exploit sportif, le rayonnement d’un champion ou d’une équipe permettent de susciter l’admiration et le respect au-delà des loyautés purement nationales. Le sport tient désormais dans l’espace public international une place sans commune mesure avec celle occupée dans le passé. »
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Pour rappel, en 2022, le budget du ministère marocain des Sports s’élevait à 2 milliards de dirhams, un dispositif qui a été également déployé pour soutenir également sa diplomatie sportive. Depuis quelques années le Maroc au travers de cette diplomatie a pu développer un poids dans une institution comme la CAF.
Rappelons que pour étendre son soft power sportif, le pays a relevé le pari sur la qualité de ses infrastructures – stades, hôtels, transports, communications – pour s’imposer comme un acteur incontournable sur le continent. «Faire de l’économie du sport au Maroc un levier de développement nécessite de remédier en premier lieu au faible nombre de pratiquants. Aujourd’hui, le nombre de personnes inscrites dans des clubs ne dépasse pas le million, avec un nombre de licenciés se chiffrant à 334.70014 en 2020. Une réalité qui renvoie à l’importance des autres déterminants de cette économie, à savoir, le poids du sport dans notre système scolaire et universitaire, le niveau de performance de nos élites sportives, la disponibilité des infrastructures sportives et de l’encadrement, de l’aménagement du temps de travail et de l’éducation et de la formation…», explique le CESE dans un rapport intitulé «L’économie du sport : un gisement de croissance et d’emplois à mettre en valeur».