Avec des encours dépassant désormais les 800 milliards de dirhams, soit près de 45 % du PIB national, les OPCVM s’imposent comme un acteur central du paysage financier marocain. Cette progression spectaculaire traduit une transformation progressive des comportements d’épargne, dans un environnement marqué par la stabilité macroéconomique, l’évolution des taux et la recherche de rendement. Décryptage de Mostafa Hassani, président de l’ASFIM (Association des Sociétés de Gestion et Fonds d’Investissement Marocains), de cette dynamique, de ses moteurs et de ses implications pour le financement de l’économie.
Challenge : La progression rapide des encours OPCVM traduit-elle une réelle démocratisation de l’investissement au Maroc ou principalement un déplacement de l’épargne institutionnelle ?
Mostafa Hassani : Il est en effet opportun de souligner la forte progression des encours des OPCVM, dont la taille des actifs dépasse aujourd’hui les 800 milliards de dirhams, soit près de 45 % du PIB national. En dix ans, l’actif global sous gestion a augmenté de près de 500 milliards de dirhams.
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Cette progression des encours des OPCVM s’explique par une combinaison de plusieurs facteurs, mais elle s’inscrit avant tout dans un cadre réglementaire solide et rigoureusement supervisé par l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), garantissant la protection de l’épargne et la transparence des opérations.
Elle reflète en premier lieu un recours accru des investisseurs institutionnels à la gestion collective, laquelle offre des avantages reconnus en matière de liquidité, de diversification et de gouvernance.
Ce mouvement est facilité par un dispositif légal en constante évolution, permettant aux OPCVM de s’adapter aux besoins des investisseurs tout en maintenant un haut niveau d’exigence prudentielle.
Par ailleurs, on observe une progression graduelle, mais bien réelle, de l’investissement des particuliers, évolution également visible sur le marché boursier, où les investisseurs individuels représentent aujourd’hui près de 30 % des volumes échangés. Cette dynamique s’opère dans un environnement marqué par des règles claires de distribution et d’information en matière de risque et de rendement, mais également par un contexte économique national favorable, caractérisé par une stabilité macroéconomique, une dynamique soutenue de l’investissement public et des perspectives de croissance positives.
Enfin, la croissance des encours des OPCVM est aussi portée par la bonne performance des marchés financiers, tant sur les segments obligataires que sur le marché actions. Cet effet marché a contribué mécaniquement à la valorisation des portefeuilles, indépendamment des flux nets de souscriptions.
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La hausse des encours résulte ainsi d’un triple effet : la performance des marchés, le repositionnement de l’épargne institutionnelle et une démocratisation progressive de l’investissement collectif, le tout dans un cadre réglementaire strictement encadré et sous le contrôle permanent de l’AMMC, renforcé par un environnement économique porteur.
Challenge :Quels types de fonds attirent aujourd’hui le plus les investisseurs et que révèle cette tendance sur leur perception du risque ?
M.H. : Les fonds monétaires et obligataires continuent de capter une part significative des souscriptions, traduisant une préférence pour la visibilité et la préservation du capital, notamment dans un contexte où la gestion du risque est soumise à des exigences strictes en matière de liquidité et de valorisation.
Toutefois, on observe une montée progressive des fonds diversifiés et, dans une moindre mesure, des fonds actions, en particulier chez les investisseurs disposant d’un horizon de placement plus long. Cette évolution traduit une perception du risque plus mature et plus structurée, rendue possible par un cadre réglementaire qui impose des règles précises de gestion, de diversification et de contrôle, et par une amélioration de la lisibilité des perspectives économiques à moyen et long terme.
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Il convient également de souligner l’effort important déployé par l’ensemble de l’écosystème, sous l’impulsion de l’AMMC et avec l’appui de l’ASFIM et des professionnels du marché, en matière d’éducation financière et de vulgarisation des mécanismes du marché des capitaux, à travers des canaux de communication diversifiés. Cette évolution constitue un signal positif pour la profondeur du marché, tout en traduisant la confiance croissante des investisseurs.
Challenge :Peut-on considérer cette dynamique comme un signe de maturité du marché financier marocain ou reste-t-on dans une phase de transition ?
M.H. : Le marché financier marocain a atteint un niveau avancé de structuration, reposant sur un cadre réglementaire robuste, cohérent et en constante modernisation. Les réformes successives, notamment celles relatives aux OPCVM, permettent de renforcer la gouvernance, la gestion des risques et la protection des investisseurs.
Pour autant, le marché demeure dans une phase de transition qualitative. La maturité ne se mesure pas uniquement à la taille des encours, mais aussi à la diversité des produits, à la capacité d’innovation, à l’élargissement de la base des investisseurs et à son rôle dans le financement durable de l’économie réelle.
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À cet égard, l’introduction progressive de nouveaux instruments — tels que le marché à terme, dont le démarrage est imminent, les ETF ou les fonds en devises — constitue un signal fort de l’entrée dans une nouvelle phase de développement de l’industrie de la gestion d’actifs, en cohérence avec les ambitions économiques du Royaume et les grands chantiers structurants en cours.
La dynamique actuelle est donc saine et prometteuse, mais elle devra encore être consolidée pour atteindre une maturité pleinement aboutie.
Challenge :Quels défis restent à relever pour attirer davantage les particuliers vers les placements collectifs ?
M.H. : Le premier défi demeure, à mon sens, celui de l’éducation financière. Il est essentiel de mieux expliquer le fonctionnement des OPCVM, leurs objectifs, leurs risques et leurs mécanismes de valorisation, tels qu’ils sont définis et encadrés par la réglementation.
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S’y ajoutent des enjeux d’accessibilité et de simplicité, à travers des parcours d’investissement plus fluides, des produits clairement encadrés et adaptés aux différents profils d’épargnants, ainsi qu’un recours accru aux outils digitaux, qui constituent un levier important pour démocratiser l’accès à l’investissement.
Enfin, la confiance reste un pilier fondamental. Elle repose sur la transparence, la qualité de l’information, la discipline des acteurs et l’accompagnement permanent du régulateur, garant du bon fonctionnement du marché et de la protection des investisseurs.
C’est sur l’ensemble de ces leviers que l’ASFIM, en coordination étroite avec l’AMMC et les professionnels du marché, est pleinement mobilisée afin de canaliser une épargne croissante vers des placements collectifs au service de l’économie nationale.
Son parcours
Mostafa Hassani, président de l’ASFIM, est un professionnel reconnu de la gestion d’actifs au Maroc. Mostafa Hassani est directeur général de Valoris Management, société spécialisée dans la gestion financière et les fonds d’investissement. Son parcours s’inscrit au cœur du développement de l’industrie marocaine de la gestion collective, avec une expertise centrée sur les marchés financiers, la gouvernance des placements et la structuration de solutions d’investissement adaptées aux besoins des épargnants et des investisseurs institutionnels. En février 2025, il a été élu à l’unanimité président du conseil d’administration de l’Association des Sociétés de Gestion et Fonds d’Investissement Marocains (ASFIM), accompagnant la mise en place d’un nouveau bureau exécutif chargé de soutenir la modernisation du secteur et de renforcer le rôle des OPCVM dans le financement de l’économie nationale.
Son actu
En dix ans, les actifs sous gestion des OPCVM ont augmenté de près de 500 milliards de dirhams pour dépasser aujourd’hui les 800 milliards, soit environ 45 % du PIB national. Cette progression repose sur plusieurs leviers : la performance des marchés financiers, le recours accru des investisseurs institutionnels à la gestion collective et une montée progressive des particuliers vers l’investissement boursier. Dans un cadre réglementaire rigoureusement supervisé par l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux, cette évolution marque une nouvelle étape dans la structuration du marché financier marocain.