D’ici 2040, le Maroc pourrait presque doubler la taille de son économie et se maintenir dans le cercle des 60 premières puissances économiques mondiales, selon les projections à long terme du Centre for Economics and Business Research (CEBR), publiées fin décembre 2025. Un scénario qui place le Royaume parmi les économies émergentes à potentiel, mais qui reste conditionné à des hypothèses exigeantes en matière de croissance, de productivité et de stabilité macroéconomique. Détails.
Dans son rapport World Economic League Table, le CEBR dresse d’abord un état des lieux jugé globalement favorable de la trajectoire récente de l’économie marocaine. « En 2025, le Maroc est estimé afficher un PIB par habitant ajusté en parité de pouvoir d’achat (PPA) de 11 437 dollars et est classé parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure », souligne le rapport. Sur le plan conjoncturel, l’institution britannique note une accélération de la croissance : « la croissance du PIB, qui s’est établie à 3,8 % en 2024, devrait s’être accélérée pour atteindre 4,4 % en 2025, un niveau également supérieur à la moyenne de 3,2 % observée sur la période de cinq ans allant jusqu’en 2019 ».
Le rapport met également en avant la capacité du Maroc à préserver ses équilibres macroéconomiques dans un environnement international marqué par des tensions inflationnistes. « Contrairement à de nombreuses autres économies confrontées à une forte inflation, le pays est parvenu à contenir la hausse des prix à la consommation à un niveau modéré, estimé à 1,2 % en 2025, tout en enregistrant une croissance soutenue de la production », relève le CEBR, tout en précisant que ce niveau demeure légèrement supérieur à la moyenne pré-Covid.
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Sur le front social et budgétaire, le diagnostic apparaît plus nuancé. «L’économie a affiché de bonnes performances en 2025, malgré un taux de chômage élevé», note le rapport, qui estime néanmoins un léger reflux du chômage à 13,1 %, ainsi qu’une amélioration graduelle des finances publiques, «la dette publique rapportée au PIB étant estimée en baisse à 67,2 % en 2025, contre 67,7 % l’année précédente».
Une trajectoire de convergence progressive
A plus long terme, le scénario avancé par le CEBR s’inscrit dans une logique classique de convergence des économies émergentes. À l’horizon 2040, la croissance mondiale serait principalement portée par des pays capables de maintenir des rythmes supérieurs à ceux des économies avancées, confrontées au vieillissement démographique et à la maturité de leurs marchés.
Dans ce cadre, le Maroc apparaît comme un candidat crédible au rattrapage, à condition de prolonger les tendances observées ces dernières années. Le rapport anticipe une économie marocaine avoisinant 390 milliards de dollars de PIB à l’horizon 2040, contre moins de 200 milliards aujourd’hui, ce qui permettrait au Royaume de rester dans le Top 60 mondial des économies par taille.
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Toutefois, le CEBR souligne un ralentissement graduel de la dynamique de croissance. « Entre 2026 et 2030, le CEBR prévoit que le taux de croissance annuel du PIB reculera pour s’établir en moyenne à 4,0 %. Par ailleurs, sur le reste de l’horizon de prévision, la croissance économique devrait ralentir pour atteindre une moyenne annuelle de 3,8 %». Conséquence directe : «sur les quinze prochaines années, le Maroc devrait reculer légèrement dans le classement du World Economic League Table, passant de la 59ème position en 2025 à la 60ème place en 2040».
Les projections du CEBR reposent sur plusieurs moteurs structurels déjà à l’œuvre : diversification industrielle, montée en puissance des filières exportatrices (automobile, aéronautique, électronique), investissements en infrastructures et insertion accrue dans les chaînes de valeur euro-méditerranéennes et africaines. La stabilité macroéconomique relative du pays constitue également un socle important, facilitant l’attraction de capitaux et la continuité des politiques publiques.
Mais ces moteurs restent hétérogènes selon les secteurs et les territoires, ce qui limite encore la diffusion de la croissance à l’ensemble de l’économie.
Le véritable point de bascule : la productivité
Au-delà du volume du PIB, le rapport insiste sur un enjeu central : la productivité. L’entrée durable du Maroc dans le Top 60 mondial dépendra moins de l’accumulation du capital que de la capacité à améliorer la valeur ajoutée par travailleur. Le scénario du CEBR suppose ainsi une progression continue du PIB par habitant, projeté autour de 9 000 dollars à l’horizon 2040.
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Or, les défis liés au capital humain, à l’adéquation formation-emploi et à l’innovation restent structurants. Sans gains de productivité plus rapides, la croissance pourrait demeurer extensive et perdre en efficacité à moyen terme.
Une projection conditionnelle
Le CEBR rappelle enfin que cette trajectoire demeure exposée à plusieurs risques : vulnérabilité climatique, rareté de l’eau, dépendance énergétique et sensibilité aux chocs extérieurs dans un contexte de fragmentation commerciale et de tensions géopolitiques.
Au-delà du symbole du classement, l’enjeu est donc qualitatif. Intégrer – ou se maintenir dans – le Top 60 mondial sans amélioration significative du revenu réel, de l’emploi et de la cohésion sociale aurait une portée limitée. À l’inverse, une croissance plus productive, mieux répartie et plus résiliente permettrait de transformer cette projection statistique en véritable changement de statut économique.
En définitive, la projection du CEBR doit être lue comme un scénario possible mais conditionnel. Le Maroc dispose des fondamentaux pour changer d’échelle économique, mais la matérialisation de cette ambition dépendra de la profondeur des réformes structurelles et de la capacité du pays à absorber les chocs futurs.
