Les faits. La néobanque britannique Revolut, entièrement résolue à se positionner sur le marché marocain, s’est vue rattraper par la temporalité économique maîtrisée du Maroc. Le dossier, piloté depuis Casablanca par son CEO Yacine Faqir, ancien cadre de Mastercard, est confronté à des enjeux majeurs: régulation, concurrence bancaire et transformation accélérée des usages financiers. Analyse.
Dans plusieurs papiers nous avons largement couvert ce sujet et surtout les aboutissants. Le suspens semble terminé. L’annonce et la position du patron de BAM est claire En effet lors d’un récent point de presse, Bank Al-Maghrib, par la voix de son gouverneur Abdellatif Jouahri a laissé entendre que le dossier Revolut reste à l’étude, sans validation à ce stade, soulignant que le régulateur privilégie une approche prudente face aux nouveaux acteurs de la finance digitale. Selon ses déclarations, aucune autorisation définitive n’a encore été accordée, Bank Al-Maghrib estimant nécessaire d’évaluer en profondeur l’impact d’un tel acteur sur la stabilité du système bancaire, la concurrence et les exigences de conformité.
Après avoir affiché ses ambitions d’expansion au Maroc, la néobanque britannique Revolut se heurte désormais à la réalité d’un écosystème bancaire parmi les plus structurés du continent. Si l’établissement fondé à Londres entend capitaliser sur la montée en puissance des usages numériques et sur l’appétit croissant des jeunes générations pour les services financiers dématérialisés, son arrivée ne relève pas d’une simple formalité administrative. Et pour preuve la récente mise au point de Bank Al-Maghrib rappelle que l’accès au marché marocain obéit à des exigences réglementaires strictes et à une vision maîtrisée de l’ouverture financière. Derrière ce dossier se dessine une confrontation entre deux dynamiques : celle d’un acteur mondial de la fintech habitué à une croissance rapide et celle d’un régulateur qui a la maîtrise parfaite de temporalité économique.
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En attendant, le Wali a expliqué que plusieurs dossiers stratégiques occupaient actuellement les autorités marocaines et ne permettaient pas d’envisager favorablement leur projet dans l’immédiat. On peut citer entre autres la réglementation européenne encadrant la présence des banques étrangères au sein de l’Union européenne. Abdellatif Jouahri a notifié que le Maroc est actuellement engagé dans des discussions avec les pays européens où les Marocains résidant à l’étranger sont très présents afin que l’application de cette directive ne porte pas préjudice à leurs transferts vers le Maroc.
Douche froide ou pas il faut rappeler que depuis un moment de façon discrète c’est Yacine Faqir un ancien de Mastercard et cheville ouvrière dans le temps de l’américain Quantik au Maroc, qui pilotait l’implantation de la néobanque à la fois pour sa connaissance des technologies financières et des exigences réglementaires, Pour la petite histoire, il a travaillé à la Banque mondiale, où il a était sur des projets liés à la gestion des données et aux bureaux de crédit au Moyen-Orient, avant de rejoindre Mastercard où il a approfondi son expertise dans les systèmes de paiement et l’exploitation des données transactionnelles. Contacté plusieurs fois par Challenge, ce dernier n’a pas donné suite à nos questions sur le sujet.
Ce que nous devons comprendre…
« Aujourd’hui il y a un véritable dilemme au niveau de la question du bénéfice/risque. Certes, il y a des avantages pour le client, sans oublier l’enjeu de la digitalisation des services financiers, mais il y a un enjeu d’employabilité avec le risque de fermeture d’agence. En Europe l’entrée de Revolut a fait face à beaucoup de résistance y compris son impact… », nous confie Ouassim Driouchi, associé en Innovation, chez BearingPoint.
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De son côté, Andrea Bises expert règlementaire et fintech pour la Fondation Gates dans les pays du Golfe et en Afrique déclare: «À mon sens, le cas Revolut au Maroc doit être lu comme un test de compatibilité entre un modèle global de néobanque et les priorités locales de régulation. Le processus engagé en juin 2025 révèle-t-il un décalage entre les attentes de Revolut et celles du régulateur ? Une lecture attentive du cadre marocain montre que l’ancrage physique, la supervision locale et la conformité restent des dimensions centrales. Dès lors, l’exigence d’une présence locale est-elle compatible avec le modèle opérationnel des néobanques ? La question est aussi stratégique. Bank Al-Maghrib poursuit une logique d’inclusion financière orientée vers les populations peu ou pas bancarisées».
Or, fait-il remarquer, «le modèle Revolut cible plutôt des clients urbains, mobiles, souvent déjà bancarisés et tournés vers l’international. Les priorités de Revolut et celles de BAM en matière d’inclusion financière sont-elles réellement alignées ? Les flux transfrontaliers, au cœur du modèle Revolut, soulèvent aussi des enjeux de contrôle, de conformité, de change et de souveraineté des données. Comment concilier un modèle international fondé sur la fluidité des flux avec un environnement où le régime de change reste fortement encadré ?»
Et de poursuivre : « La force de Revolut réside dans sa scalabilité et dans la standardisation de son modèle. Mais cette force peut devenir une contrainte lorsque l’accès au marché suppose une adaptation profonde aux règles locales. Un modèle global peut-il s’adapter aux spécificités marocaines sans perdre son efficacité économique ? Et cette contrainte n’est-elle pas appelée à se retrouver dans d’autres pays africains où les régimes de change restent également stricts ?
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Il serait donc réducteur de lire cette situation comme un simple blocage. Elle reflète plutôt une négociation entre un opérateur international ambitieux et un régulateur prudent. La vraie question est peut-être celle-ci : quelle vision le régulateur souhaite-t-il promouvoir pour diversifier l’offre financière, renforcer la concurrence et protéger les équilibres macro-financiers ? ».
Pour rappel, il faut cependant noter que cette volonté d’implantation intervient à un moment où le secteur bancaire marocain est caractérisé par une forte concentration. Selon le rapport annuel 2024 de la BAM, cinq grandes banques contrôlent 76 % des actifs, des crédits et des dépôts. Le pays compte 24 banques (dont 5 participatives), 29 sociétés de financement et 18 établissements de paiement. Il y a un mois, un champion bancaire de la place a lancé la première banque digitale du Maroc, une stratégie perçue par certains comme un moyen de se positionner avant l’arrivée de géants internationaux de la fintech.
« Le modèle bancaire évolue rapidement sous la pression des nouveaux usages digitaux et des fintechs. L’objectif n’est plus seulement de proposer des services bancaires, mais de s’insérer dans les parcours de vie des clients (paiement, e-commerce, épargne, crédit) via des plateformes intégrées type ‘super app’. L’enjeu est donc moins une réaction à un acteur précis qu’une transformation structurelle : fidéliser les clients, capter plus de données, et élargir l’écosystème de services au-delà du banking traditionnel. En résumé : ce type de lancement est surtout une stratégie de repositionnement pour rester central dans un environnement financier qui +se plateformise+», nous confie Ismail Bellali Ex-CEO du CMI.