Figure historique du microcosme économique marocain et ancien patron de l’ONA devenu SNI puis Groupe Al Mada, Mouatassim Belghazi orchestre une transformation majeure dans le paysage de la finance inclusive. La Fondation Arrawaj, qu’il a créée en 1996 sous l’enseigne Fondep, se métamorphose en « Rawaj Bank », avec l’ambition de devenir un véritable groupe bancaire inclusif.
Près de trente ans après avoir lancé Fondep, devenu par la suite Fondation Arrawaj, Mouatassim Belghazi s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire du microcrédit marocain. L’institution qu’il a fondée amorce une transformation stratégique de grande ampleur pour devenir “Rawaj Bank”, un groupe bancaire inclusif destiné à dépasser le simple cadre du microcrédit traditionnel.
Cette évolution illustre la vision portée depuis plusieurs années par l’ancien dirigeant de l’ONA : construire des mécanismes financiers capables d’intégrer durablement les populations exclues du système bancaire classique.
Aujourd’hui, avec 19% de part de marché, Arrawaj est le troisième acteur du microcrédit au Maroc derrière Al Amana. Aux côtés d’Attawfiq Microfinance (BCP) et d’Ardi (Crédit Agricole du Maroc), les quatre principaux opérateurs contrôlent près de 95% du marché national.
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Le projet d’une « banque populaire inclusive »
La transformation en Rawaj Bank constitue bien plus qu’un changement d’identité visuelle ou institutionnelle. L’objectif est de faire évoluer la fondation vers un établissement de crédit élargi, capable de proposer une offre complète de services financiers.
Jusqu’ici centrée sur le microcrédit, l’institution veut désormais développer des activités d’épargne, de dépôt, d’assurance et de transfert d’argent. Cette diversification doit lui permettre de réduire sa dépendance au refinancement externe tout en abaissant progressivement le coût du crédit accordé aux micro-entrepreneurs.
L’idée stratégique est de capter directement l’épargne des clients afin de disposer de ressources moins coûteuses et ainsi réduire les taux appliqués aux petites activités économiques.
À travers ce projet, Mouatassim Belghazi entend inscrire Arrawaj dans une nouvelle génération d’institutions financières inclusives, capables d’accompagner les populations modestes bien au-delà du simple accès au crédit.
Pour réussir cette montée en puissance, Arrawaj s’appuie sur plusieurs partenaires financiers internationaux de premier plan. Parmi eux figure l’International Finance Corporation (IFC), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé.
Partenaire historique de la fondation, l’IFC envisage d’accorder un prêt de 15 millions de dollars destiné à renforcer les capacités de financement de l’institution au profit des micro et petites entreprises marocaines. Une attention particulière sera accordée aux très petites structures et aux entreprises dirigées par des femmes.
Mais le soutien de l’IFC dépasse le simple financement. L’organisation accompagnera également Arrawaj à travers un programme d’assistance technique portant sur le développement de nouveaux produits financiers, le renforcement de la gestion des risques, la montée en compétences des équipes et la transformation institutionnelle.
Cet accompagnement doit permettre à Rawaj Bank de franchir un cap décisif dans sa mutation vers un modèle bancaire inclusif plus intégré.
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Une institution bâtie sur le terrain
Créée en 1996 sous l’enseigne Fondep, puis connue jusqu’en 2019 sous le nom d’Al Baraka, la Fondation Arrawaj a progressivement consolidé son implantation territoriale à travers le Royaume.
L’institution emploie aujourd’hui plus de 2 000 collaborateurs répartis dans 250 agences et revendique près de 150 000 clients, principalement des micro-entrepreneurs, commerçants, artisans et porteurs de petites activités génératrices de revenus.
Depuis Rabat, les relations avec les bailleurs internationaux sont notamment pilotées par Nada Fassi Fehri, directrice financière de la fondation. Outre l’IFC, Arrawaj bénéficie également du soutien de la BERD et de Proparco.