Malgré un parti divisé et une position de plus en plus faible sur l’échiquier politique, Driss Lachgar compte bien rempiler pour un quatrième mandat et espère par la même occasion gagner avec les autres formations de gauche la bataille de 2026.
Pour l’instant, il ne s’agit que d’un bruit de fond, une musique insistante, Driss Lachgar laissant planer le suspense sur sa probable reconduction à la tête de la formation de Abderrahim Bouabid. Mais dans le bureau politique, la chose semble entendue même si de ce côté-là aussi, les voix se font rares pour confirmer ou infirmer clairement la candidature de Driss Lachgar à un quatrième mandat de Premier secrétaire du parti de la Rose.
Mais dans les coulisses de la préparation du 12ème Congrès national de l’USFP qui se tiendra du 17 au 19 octobre 2025 à Bouznika, le lobbying va bon train pour convaincre le maximum de membres du bureau politique de la nécessité de remettre en selle un dirigeant qui a fait ses preuves en attendant de voir émerger le sauveur des socialistes Marocains, sachant que selon les statuts du parti « tout responsable qui désire se représenter une quatrième fois, doit d’abord obtenir l’aval des deux tiers du corps électoral. Mais auparavant, il va falloir une modification des statuts du Conseil National.
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Un noyau dur de fidèles bat déjà le pavé pour convaincre notamment les secrétaires provinciaux et régionaux, les membres du Conseil national, ainsi que le gros des figures historiques dont le poids symbolique pourrait s’avérer décisif dans le soutien à l’actuel patron de l’USFP dans sa démarche qui reste toujours pour l’instant confidentielle. «Il faut savoir que la plupart des poids lourds du parti cherchent à privilégier le consensus pour ne pas affaiblir le parti dans une période aussi critique », confie un membre du Bureau Politique.
L’état de division dans lequel se trouve le Parti socialiste, le premier parti dominant de la gauche, l’expose à de grandes déconvenues, à un an des législatives, dans un contexte politique guère favorable à la gauche, le parti devait remplir deux conditions pour espérer peser : affirmer une ligne claire et rassembler le plus largement possible autour de cette ligne.
Les difficultés du Parti socialiste à s’affranchir de son encombrant passé dans l’opposition ne tiennent pas seulement à la faiblesse de son leadership actuel, mais elles découlent également du rapport de force électoral qui fait que l’espoir de peser dans les négociations prochaines pour la formation d’un gouvernement, voire même y participer, (vœu pieux de Driss Lachgar, soit dit en passant) alors que les chances s’amenuisent au fur et à mesure de l’incapacité du parti à fédérer autour de lui le camp de la gauche. Alors que les contacts avec les autres formations de gauche n’ont jamais été coupés malgré les crises ponctuelles.
Avant de partir en vacances, l’USFP avait réuni les grosses pointures de la Commission politique issue de la Commission préparatoire du 12ème Congrès national pour débattre, entre autres, de l’avenir politique et institutionnel du pays. L’intellectuel Abdellah Saaf avait marqué les débats en constatant une baisse de l’intensité du débat politique par rapport aux périodes précédentes, ce qui impose, selon lui, la nécessité de revisiter plusieurs dossiers fondamentaux liés à la démocratie. Il a mis en perspective les avancées du Maroc depuis la Constitution de 2011, tout en insistant sur les attentes sociales et politiques croissantes qui émergent après quatorze années de sa mise en œuvre.
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Ainsi, ce futur congrès que les socialistes eux-mêmes considèrent comme une étape primordiale dans le refondement de leur parti pourrait bien être le théâtre d’un affrontement idéologique entre les héritiers d’une ligne plus traditionnelle et des jeunes attachés à l’idée d’une «deuxième gauche» plus sociale-démocrate. À travers ce moment charnière, cette rencontre sera l’occasion pour les uns comme pour les autres d’explorer la lutte d’orientation qui traversera durablement l’ USFP.
Au-delà de la question certes épineuse du maintien (ou non) de Driss Lachgar à la tête du parti, c’est ainsi tout l’avenir de l’USFP qui devra se jouer à l’issue de ce congrès.