Le Maroc connaît au printemps 2026, une amélioration hydrique remarquable. Au 3 avril, le taux de remplissage global des barrages s’est élevé à 74,1 %, correspondant à un volume de 12,7 milliards de mètres cubes d’eau. Un niveau qui est presque le double de celui enregistré à la même période en 2025, où les réserves n’atteignaient que 38,3 %. Après plusieurs années de déficit pluviométrique, ces précipitations abondantes ouvrent de nouvelles perspectives pour l’économie nationale.
En l’espace d’un an, le Royaume est passé d’une situation de stress hydrique à une abondance relative. Et pour cause ; les barrages, longtemps au centre des inquiétudes, ont retrouvé leur rôle stratégique dans la sécurité hydrique nationale. Si cette évolution offre une marge de manœuvre appréciable pour les secteurs dépendants de l’eau ; elle pose en revanche la question de la durabilité : en effet, comment transformer cette abondance ponctuelle en gains de productivité durables ?
L’agriculture irriguée est la première bénéficiaire de cette amélioration. Justement, les périmètres irrigués disposent désormais de ressources suffisantes pour sécuriser les campagnes agricoles et diversifier les cultures. De quoi permettre aux filières à haute valeur ajoutée, telles que les agrumes, les primeurs ou l’olivier, d’envisager une meilleure stabilité. Toutefois, selon les spécialistes du secteur, cette opportunité suppose une gestion rationnelle de l’eau, afin d’éviter le gaspillage et de garantir une répartition équitable entre les régions.
Énergie hydraulique : un levier vert
Les barrages remplis offrent également un potentiel énergétique considérable. Les centrales hydroélectriques peuvent accroître leur production, contribuant à la transition vers des énergies renouvelables. Concrètement, cette dynamique permet de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de renforcer la résilience énergétique du pays. Selon les experts en énergie, l’hydroélectricité, en complément du solaire et de l’éolien, s’impose comme un pilier de la stratégie nationale de durabilité.
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Aussi, l’amélioration du taux de remplissage se traduit aussi par une meilleure sécurisation de l’approvisionnement en eau potable. Les grandes villes, mais aussi les zones rurales, bénéficient d’une disponibilité accrue. Cette évolution contribue à réduire les tensions sociales liées à l’accès à l’eau et à renforcer la sécurité alimentaire. La disponibilité des ressources hydriques constitue, selon les analystes agricoles, un facteur clé pour stabiliser les prix et soutenir la compétitivité des filières exportatrices.
Une gouvernance sous pression
Malgré cette embellie, les défis persistent. En effet, le changement climatique impose une vigilance constante dans la mesure où les épisodes de sécheresse peuvent rapidement inverser la tendance. Sans compter que la pression démographique et l’urbanisation croissante accentuent la demande en eau. La gouvernance hydrique doit donc s’appuyer sur une stratégie intégrée, articulant agriculture, énergie et industrie. La modernisation des réseaux, la lutte contre les pertes et la promotion de technologies économes en eau sont autant de leviers indispensables.
Comme l’a rappelé récemment Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, «la sécurité hydrique est désormais au cœur des politiques publiques, et la gestion des barrages doit s’inscrire dans une logique de durabilité et d’anticipation face aux aléas climatiques». De son côté, Abdelmalek Alaoui, Président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS), a estimé que «le Maroc se trouve à la croisée des chemins : soit il transforme l’abondance actuelle en stratégie durable, soit il risque de retomber dans une vulnérabilité chronique».
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Avec un taux de remplissage de 74,1 % en avril 2026, le Royaume a franchit une étape importante dans la gestion de ses ressources hydriques. Cette abondance offre une opportunité historique pour transformer l’eau disponible en gains de productivité durables. Mais pour que ce rebond ne soit pas éphémère, il faudra conjuguer vision stratégique, innovation et discipline dans l’usage des ressources. Précisément, le SIAM 2026 s’annonce ainsi comme un moment clé pour réfléchir collectivement à la manière d’optimiser cette richesse hydrique et d’en faire un moteur de développement durable.