Le FMI vient de publier un document de synthèse sur l’impact macroéconomique de l’accélération des investissements publics dans les infrastructures au Maroc. D’après cette étude, les investissements de grande envergure, prévus pour la période 2024-2030, pourraient avoir des retombées positives durablement s’ils sont réalisés efficacement et dans le respect des contraintes budgétaires.
Cette analyse du FMI examine la stratégie d’infrastructure du Maroc sous l’angle des retombées sur la croissance et des risques budgétaires. Elle commence par quantifier la contribution historique des infrastructures à la croissance de la productivité et elle évalue ensuite, à l’aide des modèles économétriques, les implications macroéconomiques des plans d’investissement actuels dans le pays.
Combler les déficits d’infrastructures peut jouer un rôle déterminant dans la promotion de la croissance et du développement. Ces infrastructures ont le potentiel de générer des effets de réseau (les routes) et d’attirer des investissements supplémentaires en améliorant la productivité, stimulant ainsi la production à court et à long terme. De nombreux travaux soulignent le rôle de l’investissement public comme moteur de la productivité et du développement à long terme. Le Moniteur budgétaire du FMI 2025 (Fiscal Monitor), un rapport semestriel majeur qui analyse l’évolution des finances publiques à travers le monde, estime qu’une augmentation des investissements dans les infrastructures de 1% du PIB peut accroître la production d’environ 4% dans les économies émergentes et en développement à long terme.
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Toutefois, ces investissements risquent d’avoir des effets négatifs s’ils ne sont pas réalisés efficacement et dans le respect des contraintes budgétaires. Il y a d’abord l’effet d’éviction car l’endettement public, généré par ces investissements, accroît les écarts de taux souverains, augmentant ainsi les taux d’intérêt réels appliqués aux entreprises, ce qui freine l’investissement privé. Il y a aussi le risque d’une envolée des importations car, compte tenu de la nature des investissements dans les infrastructures qui comprennent une part importante de biens importés, on suppose que 60% des dépenses seraient consacrées aux importations. Par conséquent, seuls 40% des dépenses soutiendraient la production nationale, atténuant ainsi l’impact de l’investissement sur la production.
En prévision du mondial 2030 le Maroc prévoit d’accélérer ses dépenses publiques en infrastructures de connectivité et de tourisme à hauteur de 11,9% du PIB entre 2024 et 2030 (190 MM DH). Ces investissements comprennent la modernisation des réseaux ferroviaires (6,0% du PIB), des aéroports (2,4% du PIB) et des routes (0,9%) ; la construction et la rénovation de stades (2,2%) ; et l’amélioration des infrastructures urbaines et touristiques (0,5%).
Les simulations montrent que ce programme d’investissement accroît le PIB réel de 2% par rapport au scénario sans investissement d’ici 2030. À partir de 2031, les retombées positives de la productivité, liées au capital public accumulé, portent la production à long terme à environ 3%. Les dépenses annuelles d’investissement public creusent le déficit budgétaire en moyenne à environ 1,2% du PIB entre 2024 et 2030. La dette publique augmente de 7 à 8% du PIB jusqu’en 2030, puis commence à diminuer, à mesure que l’amortissement de la dette débute, et qu’une croissance plus forte améliore le ratio d’endettement.
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Le taux de change réel se déprécie en raison de l’expansion de l’offre qui accroît la productivité et la compétitivité et réduit les prix intérieurs relatifs. Bien qu’une meilleure compétitivité stimule les exportations à court terme, grâce à une productivité accrue et à la dépréciation du taux de change réel effectif, la forte composante d’importations du programme d’infrastructures entraîne un creusement du déficit du compte courant entre 2024 et 2030. Ce déficit commence à se réduire après la fin de la phase de construction en 2031, à mesure que les exportations progressent.
Dans le cadre d’un régime de change flottant dirigé, la dépréciation nominale du taux de change est minime ; par conséquent, la dépréciation du taux de change réel se traduit par une inflation plus faible à court terme. L’inflation connaît une légère hausse passagère sous l’effet des pressions de la demande, mais elle diminue à mesure que les facteurs d’offre augmentent et reste inférieure à son niveau de base jusqu’en 2034.
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Autres impacts, l’investissement privé va rester faible à court terme en raison de l’effet d’éviction car l’augmentation des emprunts du secteur public accroît la prime de risque souverain. Conjugué à une inflation plus faible, cela contribue à la hausse des taux d’intérêt réels appliqués aux entreprises pendant la phase de construction, freinant ainsi l’investissement privé jusqu’en 2030. À partir de 2031, une productivité totale des facteurs plus élevée contribue à l’amélioration des rendements privés, ce qui stimule l’investissement privé réel.
L’étude du FMI conclut que les investissements de grande envergure prévus pour la période 2024-2030 pourraient accroître durablement la productivité à long terme. Le PIB réel devrait augmenter d’environ 3% à long terme dans le scénario de référence, tandis que la dette croît pendant la phase de construction avant de diminuer avec la consolidation de la croissance. Toutefois, atteindre ce résultat passe par le renforcement de la gestion des investissements publics, l’atténuation des risques de dépassement de coûts, l’intégration des frais de la maintenance des infrastructures au budget. Ces prérequis sont essentiels pour garantir la viabilité budgétaire du programme d’investissement et la croissance qui en découle.
L’investissement public a bondi de 230 à 380 Mrds de DH entre 2021 et 2026
Le 15 avril dernier, Aziz Akhannouch a présenté, devant les deux Chambres du Parlement, le bilan de l’action gouvernementale. D’après le Chef du gouvernement « Entre 2021 et 2026, l’investissement public a bondi de 230 à 380 MM DH, soit une hausse de 65%. Le gouvernement est parvenu à opérer un changement important en matière d’investissement public, en réhabilitant son rôle de levier stratégique pour les chantiers majeurs et d’outil pour la consolidation de la souveraineté économique ».