À l’occasion de la quatrième édition du GITEX AFRICA Morocco, prévue du 7 au 9 avril 2026 à Marrakech, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, détaille les ambitions du Royaume pour consolider son positionnement en tant que hub numérique africain et international. Entre montée en puissance des investissements, structuration d’un écosystème d’innovation et déploiement de la stratégie Maroc Digital 2030, le Maroc entend accélérer sa transformation digitale en misant sur l’intelligence artificielle, les infrastructures souveraines et le capital humain. Dans cet entretien, la ministre revient sur les avancées concrètes, les défis à relever et les leviers mobilisés pour bâtir un modèle numérique inclusif, compétitif et ancré dans les réalités territoriales.
Challenge : Le GITEX AFRICA Morocco s’est imposé en quelques années comme le plus grand rendez-vous technologique du continent. La quatrième édition se tiendra à Marrakech du 7 au 9 avril 2026, avec une participation croissante de grands groupes internationaux de la tech. Quelles sont les ambitions du Maroc pour cette nouvelle édition et quel rôle ce salon joue-t-il dans le positionnement du Royaume comme hub numérique africain ?
Amal El Fallah Seghrouchni : Le GITEX AFRICA Morocco est devenu une plateforme où se rencontrent l’investissement, l’innovation, les politiques publiques et les talents. Pour le Maroc, l’enjeu est de consolider sa position comme hub numérique africain et international, capable de produire, d’expérimenter et de déployer.
Dans cette dynamique, l’édition 2026 confirme un changement d’échelle, avec plus de 1 450 entreprises exposantes et startups, 400 investisseurs internationaux provenant de plus de 40 pays (représentant plus de 350 milliards de dollars d’actifs sous gestion), des participants issus de plus de 130 pays et plus de 50 000 participants. Elle se caractérise également par une hausse de 30 % du nombre de startups participantes, ainsi que par la participation de 11 nouveaux pays exposants startups pour la première fois (Andorre, Croatie, République tchèque, Danemark, Hong Kong, Hongrie, Luxembourg, Palestine, Portugal, Thaïlande), ce qui traduit une ouverture internationale et une diversification croissante des écosystèmes représentés.
Cette dynamique se reflète également dans la montée en puissance des délégations internationales, notamment francophones et africaines. Par exemple, la Côte d’Ivoire participe pour la première fois avec plus de 12 startups et une délégation de 45 responsables.
Par ailleurs, l’édition 2026 se distingue par une forte présence européenne, notamment avec la participation de la France, représentée au niveau ministériel, ainsi que par le plus grand pavillon de startups françaises jamais présenté à GITEX AFRICA, soutenu par les fédérations professionnelles du secteur numérique.
Ce positionnement repose sur des choix. D’abord, une volonté de construire des capacités nationales, en particulier dans les technologies stratégiques comme l’intelligence artificielle. La vision « AI Made in Morocco » traduit cette orientation : développer des solutions utiles, adaptées à nos réalités, tout en maîtrisant les données, les infrastructures et les compétences. Ensuite, une approche qui privilégie l’ancrage territorial et sectoriel. À travers des dispositifs comme le réseau des Jazari Institutes, nous structurons un écosystème qui relie recherche, formation, innovation et usages concrets dans des domaines clés comme la santé, l’agriculture, l’éducation ou l’administration. Vient enfin une logique d’ouverture maîtrisée. Le Maroc se positionne comme un espace de coopération, notamment avec le continent africain et le monde arabe, avec l’ambition de co-construire des solutions et de partager des expertises, à l’image du hub Digital for Sustainable Development (D4SD).
Dans ce cadre, le GITEX AFRICA Morocco joue un rôle d’accélérateur. Il donne de la visibilité à cette dynamique et facilite les connexions. Mais ce qui fonde notre positionnement, ce sont avant tout les capacités que nous développons et la cohérence de notre vision.
Challenge : Cette édition intervient dans un contexte marqué par la mise en œuvre de la stratégie Maroc Digital 2030. Un an et demi après son lancement, quel premier bilan dressez-vous de ce programme et quelles avancées concrètes peut-on déjà observer ?
A.E.S : La mise en œuvre de la stratégie Maroc Digital 2030, articulée avec la vision « AI Made in Morocco », constitue aujourd’hui le cadre d’intégration et d’accélération de la transformation numérique. Cette vision repose sur le choix de faire de l’intelligence artificielle un levier de transformation à la fois économique, administrative et territoriale, avec une exigence constante de souveraineté et de confiance.
Cela se traduit par des avancées concrètes à plusieurs niveaux. Sur les services publics, on compte aujourd’hui près de 3 000 démarches administratives, toutes administrations confondues, dont 22 % sont entièrement digitalisées, 16 % partiellement digitalisées, tandis que 62 % restent encore non digitalisées.
Dans cette dynamique, environ 1 140 services publics numériques sont en cours de publication sur la plateforme IDARATI, contribuant à structurer l’offre digitale de l’administration.
Par ailleurs, une approche centrée sur l’usager a été engagée à travers la structuration de 41 parcours numériques, définis comme des regroupements cohérents de services publics organisés autour de besoins de vie exprimés en langage usager. Cette logique permet de dépasser une approche administrative fragmentée pour aller vers des parcours simplifiés, lisibles et intégrés.

Le bilan se lit également dans des choix structurants. Le lancement du réseau national des Jazari Institutes marque une étape majeure. Il a permis de créer une passerelle entre l’innovation technologique et les solutions concrètes. Il a également démontré que les compétences existent partout et que l’innovation est diffusée à l’échelle nationale.
Nous avons voulu mettre fin au travail en silo et relier la recherche scientifique, l’université, la startup, la PME, le grand groupe et le secteur public autour de projets concrets. Le réseau est ancré dans les 12 régions du Royaume, avec une gouvernance à deux niveaux : un pilotage stratégique national assuré par Jazari Root et une gouvernance territoriale construite avec les universités, les collectivités, les acteurs économiques et les infrastructures existantes. Chaque région porte une spécialisation, en fonction de ses atouts et de ses priorités.
Cette dynamique est prolongée par le hub Digital for Sustainable Development (D4SD), que nous avons lancé avec le PNUD. Là aussi, nous avons voulu un instrument opérationnel.
Le D4SD positionne le Maroc comme un hub régional arabo-africain en intelligence artificielle et en data science, à l’interface entre le monde arabe et le continent africain. L’objectif est d’accompagner la conception de stratégies numériques durables, de structurer le partage d’expériences et de favoriser l’émergence de solutions locales adaptées aux citoyens et aux territoires.
Sur le plan économique, les instruments sont désormais activés. Un mécanisme catalytique de venture capital, doté de 400 millions de dirhams, a été lancé, avec une logique de first loss et des standards alignés sur le capital-risque. Le pipeline a déjà suscité 47 candidatures et permis de présélectionner 9 sociétés de gestion, couvrant tout le cycle de financement, avec un objectif d’investissement cumulé d’environ 2,5 milliards de dirhams dans les startups marocaines.
En parallèle, un dispositif de venture building de plus de 700 millions de dirhams a été mis en place pour accompagner plus de 800 startups sur trois ans.
Ce premier bilan montre que Maroc Digital 2030 constitue désormais une trajectoire structurée autour de l’intelligence artificielle, avec des outils, des infrastructures et des usages en cours de déploiement.
Challenge : Parmi les thématiques fortes de cette édition figure l’intelligence artificielle, dont le rôle dans la transformation des chaînes de valeur mondiales ne cesse de croître. Quelle vision porte aujourd’hui le Maroc sur les enjeux de l’IA et quelles initiatives sont mises en place pour intégrer cette technologie dans les secteurs économiques clés ainsi que dans l’administration publique ?

A.E.S : Notre ligne est celle d’une intelligence artificielle utile, souveraine et responsable.
Utile, parce qu’elle doit produire des effets tangibles dans la vie des citoyens et dans les secteurs stratégiques. Souveraine, parce que la question centrale reste celle de la maîtrise des données, des infrastructures, des modèles et des compétences. Responsable, parce qu’aucune trajectoire crédible ne peut se construire sans explicabilité, sécurité, redevabilité, contrôle des dérives, qualité des données, robustesse et cadre éthique.
Cette approche prend corps dans « AI Made in Morocco ». Nous avons fait le choix de construire une capacité nationale. C’est le sens des Jazari Institutes. Le réseau a été pensé comme une infrastructure d’excellence répartie dans les 12 régions du Royaume, avec des centres spécialisés dans les grands secteurs de transformation.
Dans le même esprit, notre partenariat avec Mistral AI s’inscrit dans une logique de co-développement et de souveraineté. Le laboratoire « Mistral AI & MTNRA » est conçu comme un espace de R&D, de prototypage, d’évaluation et de robustification des modèles. Nous faisons le choix de l’open source et des open weights, car cela permet le déploiement local, évite le verrouillage technologique et garantit l’auditabilité des systèmes. Pour les usages publics et les secteurs sensibles, c’est une exigence.
Dans l’administration publique, nous avançons sur des projets à fort impact : la navigation avancée dans les textes juridiques, la méta-application IDARATI X.0, ainsi qu’un wallet national intelligent, construit avec la CNDP et déjà rejoint par plusieurs institutions publiques et privées. L’ambition est de rapprocher concrètement le citoyen de l’administration à travers un accès intelligent, unifié, multicanal et multilingue, fondé sur des socles communs : cloud hybride souverain, données interopérables, API ouvertes et cadre réglementaire sécurisé.
Au niveau économique, l’IA progresse déjà rapidement dans plusieurs domaines : la santé, l’EdTech, l’agritech et l’agriculture intelligente, avec des usages liés aux drones et à la vision par ordinateur, mais aussi la legaltech, la transition énergétique, les infrastructures et l’industrie X.0.
Challenge : Le réseau JAZARI est aujourd’hui présenté comme un pilier structurant de l’innovation en intelligence artificielle au Maroc. Quelle est sa vocation et quel rôle joue-t-il dans le développement d’un écosystème numérique territorialisé ?
A.E.S : Le réseau JAZARI constitue l’ossature d’une innovation fondée sur les technologies émergentes, pensée pour être ancrée dans les territoires et connectée aux besoins concrets des régions. Le dispositif est structuré autour de JAZARI ROOT, qui assure la gouvernance et la coordination avec les instituts régionaux, organisés sous forme de groupements d’intérêt public.
L’ambition est de bâtir un écosystème reposant sur l’excellence scientifique, la recherche appliquée et l’innovation, en reliant universités, administrations, startups et PME autour de projets concrets en intelligence artificielle. Le lancement officiel de JAZARI ROOT, ainsi que la signature d’accords structurants le 12 janvier 2026, ont marqué la mise en place du socle institutionnel du réseau et son déploiement à l’échelle nationale.
La vocation de JAZARI est double : produire des compétences et produire des solutions. D’une part, les instituts contribuent à consolider la recherche scientifique, à stimuler l’innovation technologique et à mobiliser l’intelligence artificielle pour accélérer la digitalisation de l’administration publique, tout en garantissant l’interopérabilité des systèmes. D’autre part, ils constituent des plateformes régionales de formation, de recherche appliquée et d’innovation partagée, conçues pour faire émerger des solutions à fort impact local et national, en cohérence avec les priorités de développement.
Dans cette logique, l’innovation territoriale est un axe structurant. L’objectif est d’éviter une concentration de l’innovation dans quelques pôles, en la rapprochant des territoires, à partir de problématiques réelles, avec une exigence de déploiement effectif des solutions.
Cette dynamique est renforcée par un effort soutenu en matière de capital humain. L’École de l’intelligence artificielle et des sciences des données joue un rôle central, en assurant un pipeline continu de talents certifiés pour les secteurs public et privé, à travers des formations diplômantes – licences professionnelles et masters – ainsi que des programmes intensifs de type bootcamps, fondés sur l’apprentissage par la pratique. Elle contribue également à diffuser l’expertise en IA et en data science au sein de l’administration, via des programmes de montée en compétences destinés aux cadres.
Enfin, l’impact du réseau JAZARI est appelé à être suivi à travers des indicateurs portant sur la production scientifique, le nombre de solutions développées et déployées, la montée en compétences des talents formés et la contribution des projets aux priorités nationales et régionales, avec l’ambition de positionner JAZARI comme un véritable dispositif national d’innovation territoriale.
Challenge : Dans cette dynamique, votre ministère a lancé, à travers le Digital for Sustainable Development Hub, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement, une plateforme de coopération numérique arabo-africaine. Où en est aujourd’hui ce projet et quelles perspectives ouvre-t-il pour le Maroc dans le développement d’un écosystème numérique régional ?
A.E.S : Le hub Digital for Sustainable Development (D4SD) a été pensé dès le départ comme un instrument d’action. Nous avons voulu une plateforme régionale de coopération, de prototypage et de déploiement. C’est ce qui explique sa vocation arabo-africaine.
Le D4SD repose sur trois fonctions opérationnelles :
accompagner les pays dans la conception de stratégies numériques durables ;
structurer le partage d’expériences, y compris sur les limites et les difficultés;
faire émerger des solutions locales adaptées aux réalités des territoires.
Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de structuration et d’activation des premiers cas d’usage. Pour le Maroc, les perspectives sont directes :
consolider notre position de hub digital régional ;
donner une traduction concrète à la coopération multilatérale gagnant-gagnant ;
porter, dans les espaces internationaux, une vision de l’IA fondée sur la souveraineté, la responsabilité et l’utilité publique.
Cette orientation est d’ailleurs cohérente avec notre engagement au sein de la Digital Cooperation Organization, dont le Maroc a été réélu au comité exécutif pour la deuxième année consécutive.
Challenge : La transformation numérique passe également par des infrastructures performantes. Le Maroc a amorcé le déploiement de la 5G avec les principaux opérateurs. Quel premier bilan tirez-vous de ce lancement et quels usages économiques cette technologie pourrait-elle accélérer dans les prochaines années ?
A.E.S : Le lancement de la 5G au Maroc, le 7 novembre 2025, constitue une étape structurante. Mais il faut être précis : nous sommes encore dans une phase de déploiement progressif. Le bilan, à ce stade, est donc celui d’une mise en place réussie, avec une montée en charge progressive des infrastructures.
L’objectif est d’atteindre une couverture d’environ 25 % de la population à l’horizon 2026, puis 70 % à l’horizon 2030. C’est une approche maîtrisée, qui privilégie la qualité des réseaux, la sécurité des infrastructures et la cohérence des investissements.
La 5G permet de connecter, en temps réel, les données, les objets et les services. C’est cette capacité qui ouvre de nouveaux usages économiques. Dans l’industrie, elle accélère l’usine connectée et l’automatisation. Dans la logistique, elle permet une gestion plus fine des flux. Dans la santé, elle facilite le développement de la télémédecine et des dispositifs connectés.
Elle joue également un rôle clé dans les villes intelligentes, la gestion de l’énergie, l’agriculture de précision ou encore l’organisation des grands événements.
Challenge : Parallèlement, le Royaume s’est fixé pour objectif de former 22 500 jeunes aux métiers du numérique d’ici 2027. Où en est aujourd’hui ce programme et comment s’assurer que les compétences développées répondent réellement aux besoins du marché ?
A.E.S : La question des talents conditionne toute notre trajectoire numérique. Aujourd’hui, 22 649 étudiants sont déjà inscrits dans des filières digitales, alors même que la cible annoncée était de 22 500. On compte également 549 programmes accrédités, dont 416 nouveaux programmes en 2025. Nous avons, par ailleurs, un objectif plus large: atteindre 100 000 nouveaux talents numériques par an à l’horizon 2030.
Cet effort se construit à plusieurs niveaux. Nous travaillons sur la formation initiale, avec notamment la création d’une école d’ingénierie « Digital Transition & AI », visant 1 000 étudiants par an à partir de la troisième année académique. L’ENIAD de Berkane a déjà formé 636 étudiants dans quatre filières – IA, robotique/IoT, cybersécurité/réseaux et ingénierie informatique – avec plus de 700 attendus d’ici 2026. Nous soutenons également la recherche, avec 550 bourses doctorales prévues d’ici 2027, dont 99 bénéficiaires en 2024-2025 et 251 sélectionnés pour 2025-2026.
Nous avons aussi déployé des programmes d’upskilling et de reskilling. JobInTech vise 15 000 apprenants sur trois ans. Après un pilote de 1 000 formés, 45 opérateurs ont été retenus et plus de 2 900 jeunes étaient déjà en formation depuis son lancement en juillet 2025. Le programme AI Master Junior agit plus en amont, auprès des 8-18 ans, dans les 12 régions du Royaume : 744 enfants sont déjà concernés, avec, en complément, un partenariat avec la FRMF pour toucher près de 200 000 jeunes sportifs.
Enfin, « Generation AI & IoT Morocco », lancé en janvier 2026, vise à former 1 200 jeunes scientifiques par an, avec une approche orientée projets et directement connectée aux besoins des entreprises.
À cela s’ajoute RamadanIA, que nous avons organisé dans les 12 régions du Royaume. L’objectif est de mobiliser les talents autour de défis territoriaux concrets, de prototyper rapidement des solutions d’IA à fort impact local, puis d’accompagner les équipes vers l’incubation et le déploiement. C’est ainsi que nous rapprochons les compétences des usages réels.
Challenge : Le hackathon «RamadanIA» a mobilisé des milliers de jeunes à travers les différentes régions du Royaume. Que révèle cette initiative sur l’évolution de l’écosystème numérique marocain et quel impact peut-elle avoir à moyen terme ?
A.E.S : Le hackathon «RamadanIA » s’inscrit dans un contexte national marqué par l’accélération de la transformation numérique et par le positionnement de l’intelligence artificielle comme levier stratégique de développement. Cette initiative traduit une volonté claire de structurer une dynamique nationale autour de l’innovation, en cohérence avec la stratégie Maroc Digital 2030 et la vision « AI Made in Morocco », qui visent à construire un écosystème numérique souverain, fondé sur la production de solutions adaptées aux besoins du pays.
Organisé sur l’ensemble des douze régions du Royaume tout au long du mois de Ramadan, ce programme a permis de mobiliser près de 4 000 jeunes, réunis en équipes pour concevoir des solutions innovantes répondant à des priorités de développement concrètes. Cette mobilisation témoigne d’une dynamique nationale forte et d’une appropriation croissante des technologies émergentes par les jeunes talents marocains.
Les projets développés couvrent des domaines stratégiques, notamment la digitalisation des services publics (56 %), la mobilité intelligente (36 %) et l’inclusion numérique (35 %), ainsi que des thématiques telles que le tourisme et le patrimoine, la protection de la dignité humaine, la sécurité intelligente, l’énergie, l’environnement ou encore l’accès à l’eau et à l’assainissement.
Au-delà des résultats, cette initiative met en évidence un changement de paradigme. Elle montre que les compétences existent dans toutes les régions du Royaume et que l’innovation n’est plus concentrée, mais distribuée à l’échelle nationale. Elle consacre également un modèle d’innovation territorialisée, fondé sur la proximité et sur l’adéquation entre les solutions technologiques et les besoins réels des citoyens.
« RamadanIA » illustre ainsi une évolution de la relation des jeunes à la technologie : d’utilisateurs, ils deviennent désormais acteurs et producteurs de solutions. Cette dynamique contribue à renforcer l’inclusion territoriale, à rapprocher les opportunités des talents locaux et à faire de l’intelligence artificielle un outil concret d’amélioration des services publics et de la qualité de vie.
Dans cette perspective, l’enjeu, désormais, est d’assurer la continuité de cette dynamique, en accompagnant les projets issus du hackathon vers des phases d’incubation, d’accélération et de déploiement. L’objectif est de transformer ces prototypes en solutions opérationnelles, en les connectant à l’écosystème économique et aux acteurs institutionnels, afin de maximiser leur impact et de contribuer au développement du tissu numérique national.
Challenge : Le soutien à l’entrepreneuriat technologique constitue également un axe important de la stratégie numérique. Votre ministère a lancé l’initiative « GITEX Africa Morocco 300 » pour accompagner la participation de startups marocaines au salon. Pourquoi avoir élargi ce dispositif et quel impact espérez-vous pour l’écosystème des startups ?
A.E.S : Nous avons élargi le dispositif parce que l’écosystème marocain a changé de taille et de niveau de maturité. Il existe aujourd’hui davantage de startups capables de se confronter à des investisseurs, à des donneurs d’ordre et à des marchés internationaux. Notre rôle est d’aider à franchir ce cap.
Mais nous ne travaillons pas uniquement sur la visibilité. Ce dispositif s’inscrit dans une démarche plus large de structuration de l’écosystème. C’est le sens du programme de venture building, doté de plus de 700 millions de dirhams, pour accompagner plus de 800 startups sur trois ans. L’objectif est de renforcer l’accompagnement, de faciliter l’accès au marché et de créer les conditions d’un véritable passage à l’échelle.
L’impact recherché est de donner aux startups marocaines plus d’accès au marché, plus de connexions avec les investisseurs, plus de capacité de passage à l’échelle, et de faire en sorte que le GITEX soit un accélérateur de trajectoires.
Dans ce cadre, le programme Morocco 300, soutenu par le ministère, traduit concrètement cette montée en puissance, avec une croissance de 50 % en 2026 (300 startups contre 200 en 2025). Il couvre aujourd’hui 31 secteurs d’activité et mobilise des startups issues de 32 villes marocaines, illustrant une dynamique territoriale forte et une diffusion de l’innovation à l’échelle nationale.
Au-delà des chiffres, cette dynamique produit déjà des résultats concrets. Une startup marocaine a récemment réalisé une levée de fonds de 15 millions de dollars, la plus importante de l’histoire des startups au Maroc, après un parcours initié à GITEX. Cela confirme que cet événement est devenu une véritable plateforme de financement, d’accélération et d’internationalisation pour les entreprises innovantes marocaines.
Cette dynamique s’inscrit pleinement dans la mise en œuvre de la stratégie Maroc Digital 2030 et l’initiative AI Made in Morocco, qui visent à construire un modèle numérique souverain, inclusif et compétitif. Dans ce cadre, la transformation de l’administration se poursuit à travers la digitalisation progressive des services et le développement, avec pour objectif d’améliorer l’accès, la qualité et l’efficacité du service public.
On observe également une montée en maturité de l’écosystème, avec 20 % des startups du programme positionnées en Series A ou plus, capables de se confronter à des investisseurs internationaux et d’accélérer leur développement à l’échelle.
Challenge : Plus largement, la question du financement reste centrale pour l’essor de l’innovation. Le Maroc peut-il espérer voir émerger, à moyen terme, une véritable industrie nationale du venture capital capable d’accompagner la croissance des startups technologiques ?
A.E.S : L’offre de venture building vient traiter un maillon essentiel : la maturation des projets, l’accompagnement opérationnel, la transformation de l’idée en entreprise capable de lever, d’exécuter et de croître.
C’est cette combinaison entre capital, accompagnement, accélération et accès au marché qui permet de faire émerger une véritable chaîne de financement. Cette dynamique est d’autant plus importante que le numérique devient un levier économique majeur.
N’oublions pas la montée en puissance de l’offshoring : plus de 148 500 emplois, plus de 1 200 entreprises et environ 26,22 milliards de dirhams de chiffre d’affaires annuel, avec une progression de 3,5 % au premier semestre 2025 par rapport à la même période en 2024.
Tout cela montre que le Maroc dispose déjà d’un socle de compétences et d’un tissu économique solide sur lequel bâtir une industrie du capital-risque plus robuste.
Challenge : Dans un environnement numérique en expansion, la cybersécurité et la protection des données deviennent des enjeux stratégiques. Quelles actions le Maroc a-t-il engagées pour renforcer la résilience de ses systèmes numériques et sécuriser les données sensibles ?
A.E.S : Nous avons fait le choix d’intégrer la sécurité dès la conception des projets numériques. Concrètement, cela se traduit d’abord par un cadre juridique et institutionnel. Le Maroc dispose d’un dispositif de protection des données personnelles encadré par la CNDP et d’une stratégie nationale de cybersécurité portée par les autorités compétentes, notamment la DGSSI.
Ensuite, nous avons engagé des choix techniques. Le développement d’un cloud de confiance, le recours à des infrastructures souveraines pour les systèmes sensibles et la mise en place de socles communs d’interopérabilité permettent de mieux sécuriser les données publiques et d’assurer la continuité des services. Cette exigence est intégrée dans les projets structurants. C’est le cas d’IDARATI X.0 ou du wallet national, avec une attention particulière portée à la protection des données et à l’authentification sécurisée.
Nous travaillons également sur l’encadrement des nouveaux risques liés à l’intelligence artificielle, notamment la désinformation, les deepfakes ou les usages malveillants. L’objectif est d’anticiper les dérives et de garantir un usage responsable des technologies.