Après treize années marquées par une profonde transformation de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), le départ de Hassan Sentissi El Idrissi ouvre une nouvelle séquence pour l’organisation. À l’heure où le Maroc ambitionne de renforcer sa présence sur les marchés internationaux et de diversifier davantage ses débouchés, l’enjeu dépasse la simple question de la succession. Il s’agit désormais de définir une vision capable d’accompagner les exportateurs dans un environnement mondial plus concurrentiel, tout en faisant de l’export un levier majeur de croissance, d’investissement et de rayonnement économique du Royaume. Zoom sur l’avenir…
« Plus un pays se développe, plus son économie se prolonge en dehors de son marché », explique l’historien Fernand Braudel dans « Dynamique du Capitalisme ». Au moment où le Maroc accélère sa projection économique vers l’Afrique, diversifie ses partenariats commerciaux et ambitionne de se positionner comme une plateforme industrielle et logistique de premier plan, une page importante du monde des affaires marocain s’apprête à se tourner. Après treize années passées à la tête de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), Hassan Sentissi El Idrissi quittera officiellement ses fonctions le 30 juin prochain, à l’issue de l’Assemblée générale élective de l’organisation.
Lorsque Hassan Sentissi prend les rênes de l’ASMEX en 2013, le Maroc cherche encore à consolider sa stratégie exportatrice dans un contexte international marqué par les conséquences de la crise financière mondiale. Treize ans plus tard, l’environnement a radicalement changé. Les chaînes de valeur mondiales ont été bouleversées par la pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques se sont multipliées, les exigences environnementales se sont renforcées et la compétition internationale s’est intensifiée autour de la souveraineté industrielle.
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Dans ce paysage mouvant, le Royaume a progressivement affirmé son statut de puissance exportatrice émergente, portée notamment par l’automobile, l’aéronautique, les phosphates, l’agroalimentaire et les services. « Depuis nous avons été à la tête de cette structure nous avons non seulement bataillé pour avoir les subventions et je peux dire que nous avons réussi a créer une dynamique à l’export », nous confirme Sentissi. C’est sur cette base solide que ce dernier compte passer le témoin. . Trois profils sont en lice, incarnant trois lectures distinctes de ce que doit devenir l’export marocain dans la prochaine décennie.
Une organisation appelée à changer d’échelle…
Le débat qui traverse aujourd’hui l’ASMEX est révélateur d’un tournant plus large. Le Maroc a consolidé plusieurs filières exportatrices structurées — automobile, aéronautique, phosphates, agroalimentaire — et renforcé sa présence en Afrique. Mais le modèle reste confronté à des limites structurelles : concentration sectorielle, faible intégration des PME, contraintes logistiques et exigences croissantes des marchés internationaux en matière de durabilité et de conformité. C’est précisément sur ces fragilités que les candidats à la présidence de l’ASMEX proposent des réponses différenciées.
Adil Zaidi : structurer un écosystème exportateur intégré
Profil industriel et président de la Fédération de l’automobile de la CGEM, Adil Zaidi porte une vision de transformation en profondeur de l’écosystème exportateur. Son approche repose sur l’idée d’une ASMEX repositionnée comme plateforme intégrée de services, capable d’accompagner les entreprises de bout en bout. Son projet, souvent résumé par la notion d’« ASMEX+ », vise à structurer un guichet unique combinant intelligence économique, accompagnement logistique, digitalisation et accès au financement.
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L’objectif affiché est clair : élargir massivement la base exportatrice en intégrant davantage de PME dans les chaînes de valeur internationale et en réduisant les barrières à l’entrée sur les marchés étrangers. Dans son programme, ce dernier défend l’idée d’une véritable “révolution exportatrice” au service de la souveraineté économique du Maroc. Selon lui, le Maroc se trouve à un tournant stratégique, où l’export doit devenir un pilier central de la compétitivité nationale dans un contexte mondial marqué par la recomposition des chaînes de valeur et les tensions géopolitiques.
Aziz Mantrach : l’efficacité opérationnelle comme priorité
Acteur reconnu du transport maritime et du commerce international, Aziz Mantrach défend une approche plus pragmatique, centrée sur les contraintes concrètes des exportateurs. Son programme met l’accent sur la simplification administrative, la fluidification logistique et l’accès rapide à l’information de marché. Il propose notamment la mise en place d’outils digitaux avancés, intégrant l’intelligence artificielle, pour améliorer la lecture des opportunités commerciales et des évolutions réglementaires.
Dans sa vision, l’ASMEX doit devenir une organisation de terrain, orientée vers la résolution immédiate des obstacles opérationnels qui freinent la compétitivité des entreprises marocaines à l’international. Il propose également la création d’une « ASMEX Academy » dédiée à la formation des exportateurs. Par ailleurs, sur le plan institutionnel, Aziz Mantrach envisage renforcer le poids de l’ASMEX dans le débat public et en faire un acteur influent des politiques commerciales.
Sonia Mezzour : la structuration institutionnelle et financière
Banquière d’affaires spécialisée dans les montages financiers et les partenariats public-privé, Sonia Mezzour propose une lecture davantage institutionnelle et systémique de l’export marocain. Son programme repose sur quatre axes : renforcement du rôle de l’ASMEX dans la gouvernance du commerce extérieur, élargissement de la base exportatrice, développement de l’intelligence économique et amélioration de l’accès au financement, notamment pour les PME.
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Elle défend une approche orientée résultats, où l’ASMEX devient un catalyseur de performance, capable de coordonner les acteurs publics et privés autour d’objectifs mesurables. L’ambition affichée est de faire de l’ASMEX un catalyseur de performance pour le commerce extérieur marocain, capable d’accompagner durablement l’expansion internationale du tissu économique national.
Une nouvelle génération de défis
« L’ASMEX a participé activement à la transformation du commerce extérieur marocain. De ses bureaux sont sorties des propositions ayant contribué au changement de la stratégie promotionnelle et, partant, à l’orientation de l’investissement et de la production vers l’exportation. L’ASMEX a été de tous les grands dossiers de l’après-PAS : réforme du Code de commerce, de la loi sur le commerce extérieur, du Code des douanes, de la politique de change, etc. », écrit Pr. Ahmed Azirar, ex-SG de l’ASMEX dans une tribune.
Le départ de Hassan Sentissi intervient au moment où l’ASMEX s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre. Les prochaines années seront déterminantes pour l’organisation comme pour les exportateurs marocains. L’émergence des technologies liées à l’intelligence artificielle, la transformation numérique des chaînes logistiques, la montée des exigences environnementales et les recompositions géopolitiques mondiales redessinent les règles du commerce international. Le Maroc dispose d’atouts réels pour tirer profit de ces mutations : stabilité politique, infrastructures modernes, proximité avec l’Europe et ancrage africain. Mais ces avantages ne produiront leurs effets que s’ils s’accompagnent d’une stratégie exportatrice plus ambitieuse, davantage tournée vers la création de valeur, l’innovation et la conquête de nouveaux marchés.Au terme de treize années à la tête de l’ASMEX, Hassan Sentissi ne quitte donc pas seulement une fonction.
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Il laisse derrière lui un message qui résonne comme un appel à l’action. Dans un monde où les rapports de force économiques se redéfinissent à grande vitesse, le Maroc ne peut plus se contenter d’être un pays exportateur performant. Il doit désormais ambitionner de devenir une puissance commerciale capable d’imposer ses entreprises, ses marques et son savoir-faire sur les grands marchés internationaux. C’est à cette condition que les succès enregistrés au cours de la dernière décennie pourront se transformer en avantage durable pour l’économie nationale.