Après son sacre en 2022 au Mondial du Qatar, Lionel Messi accompagne ses jeunes coéquipiers pour une dernière bataille. Pas que. Son challenger historique, Cristiano Ronaldo, va, pour une dernière fois, espérer décrocher le sésame du ballon rond. A quelques jours donc du coup d’envoi du premier match, cette Coupe du monde est la continuité d’une autre ère, plus silencieuse, qui a démarré depuis la Coupe du monde 2022 au Qatar : celle du football où tout est possible. Où il n’y a plus de favori, et seul le courage et l’envie départage !
Il est midi, le soleil d’été brille fortement, la lumière y est encore forte. Dehors, les habitants de Casablanca, métronome du football africain à l’allure calme attendant patiemment l’évènement. Dans quelques heures, des milliards de regards basculeront vers cette Coupe du monde 2026. Et l’angle de notre sujet qui nous sert de seul fil conducteur annonce les couleurs. Il évoque Messi, Ronaldo, une « dernière bataille ». Il mentionne un sacre en 2022 au Qatar. Puis il glisse, comme une lame sous une porte, vers une idée autrement plus transformatrice pour le business du ballon rond : « celle du football où tout est possible. Où il n’y a plus de favori, et seul le courage et l’envie départage ! » C’est cette phrase que nous devons décortiquer, ici, depuis ce pays d’Afrique du Nord qu’est le Maroc.
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Car si l’on suit notre ligne éditoriale – mettre en lumière les nations africaines qui sortent du lot – alors le Maroc n’est pas seulement un décor. Il est un miroir. Il est l’incarnation vivante de cette « ère plus silencieuse » qui a démarré en 2022, précisément au Qatar. Ce pays qui, lors de la dernière édition, a su, mieux que quiconque, incarner ce basculement silencieux mais radical.
L’illusion de l’économie de la star
Commençons par évacuer ce qui pourrait être un piège médiatique. Plusieurs média évoque Lionel Messi « accompagnant ses jeunes coéquipiers » et Cristiano Ronaldo espérant « décrocher le sésame ». D’un point de vue narratif, c’est vendeur. « Cela donne un visage, un récit, une tension dramatique héritée des années 2010. Mais en tant qu’analyste, je vous le dis franchement : cette Coupe du monde 2026 ne sera pas la leur. Elle sera la fin de leur modèle économique », nous confie Nassim Klerf consultant sportif. Car le football, depuis la professionnalisation outrancière des années 2000, a vécu sous la coupe d’une croyance absurde : celle que l’on peut acheter la certitude.
Les gros budgets, les data analysts, les préparateurs physiques millimétrés… tout était conçu pour réduire l’aléa. La star mondiale était l’assurance tous risques. Vous avez raison de penser qu’il y a « plus de favori ». Ce n’est pas une formule de supporter déçu. C’est un constat économique et sportif.
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De quoi le Maroc est-il alors le nom ? De la preuve vivante qu’un collectif organisé, porté par une envie et un courage – des variables que les algorithmes ne capturent pas – peut dévaluer le capital individualisé d’un Messi ou d’un Ronaldo. Le royaume chérifien, , en est l’exemple archétypal pour tout observateur africain. En 2022, qui avait « parié » sur le Maroc ? Personne. Et pourtant. C’est cela, la « fin du football tel qu’on l’a connu » : la fin de la prédictibilité comme produit marchand.
L’illusion de la hiérarchie : quand l’incertitude devient la nouvelle norme
« Le courage et l’envie départage. » Dans le jargon économique du sport, c’est une hérésie. Un directoire de la FIFA, un sponsor comme Adidas ou Nike, ne peut pas vendre du « courage ». On vend des maillots, des calendriers de stars, des « chocs au sommet » entre nations historiquement riches. Ce que ce cette phrase impose, c’est le nouveau contexte : les centenaires du football ne pèsent plus lourd face à une équipe qui a faim. Là où une sélection comme l’Allemagne ou le Brésil s’effondre sous le poids de son histoire, une équipe comme celle du Maroc – ou tout autre pays africain émergent – n’a rien à perdre. Et dans ce nouveau paradigme, « rien à perdre » est un véritable carburant.
« Cette ère ne fait pas de bruit car elle ne passe pas par les canaux habituels. Le bruit, c’était le transfert à 222 millions d’euros. Le bruit, c’était les intrigues de vestiaire. Le silence, c’est le travail de fourmi d’une fédération comme celle du Maroc (FRMF), qui investit dans la détection de talents, sans tambour ni trompette. Le silence, c’est l’absence de favori. Car un favori, par définition, fait du bruit. Il annonce. Il promet. Il déçoit », nous confie Hicham Alaoui, consultant foot Radio Mars.
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L’économie du « tout est possible » : comment valoriser l’imprévisible ?
C’est là que notre analyse rejoint le management et l’économie réelle, chers lecteurs. Depuis la pandémie, depuis les guerres commerciales, le monde a découvert une vérité que le football ne faisait que retarder : l’incertitude n’est pas une anomalie, c’est le nouveau régime climatique de la compétition.
Le texte est clair : « Cette Coupe du monde est la continuité d’une autre ère ». La rupture a eu lieu en 2022. Aujourd’hui, nous sommes dans l’après. Un après où le chiffre d’affaires d’un club ne garantit plus la victoire. Un après où la « Data » ne prédit plus rien car elle ne mesure pas l’envie. Un après où le Maroc, pays africain, pays émergent, peut rivaliser tête haute avec n’importe quel géant européen. Quelles implications pour le monde économique ? Immenses. D’abord, la valeur des actifs (les joueurs) va se déformer.
Fini l’époque où un joueur brésilien ou allemand avait une prime à l’exportation simplement par son passeport. Un joueur marocain, sénégalais ou ghanéen verra sa cote exploser, non pas par effet de mode, mais par preuve de fiabilité dans ce nouveau monde du « tout est possible ». Les fonds d’investissement qui possèdent des clubs (les RedBird, les City Group) devront revoir leurs grilles de recrutement. Le « mental » et la « cohésion de groupe » – des critères flous, presque mystiques – vont soudainement entrer dans les tableurs Excel.Ensuite, le sponsoring.
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Une marque internationale ne pourra plus miser uniquement sur la star planétaire. Car, dans ce mondial où il n’y a plus de favori, la star peut sortir en huitièmes de finale contre une équipe « de deuxième zone » qui aura eu « plus d’envie ». Le retour sur investissement devient aléatoire. A contrario, les marques locales, africaines, ou les entreprises capables de s’ancrer dans cette « culture du courage » gagneront en authenticité. C’est une décentralisation de l’attention. Et décentralisation rime souvent, en économie, avec opportunité pour tous.
Le football tel qu’on l’a connu est mort au Qatar, en décembre 2022, quand une nation africaine a forcé le respect du monde. « Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont représenté, pendant une quinzaine d’années, une certaine idée de l’excellence sportive, se partageant les Ballons d’Or, certes avec des profils différents. Le besogneux perfectionniste contre le talentueux génie en somme, même si le talent est bien entendu présent chez les deux., de même qu’une vraie hygiène de vie, sans quoi une telle longévité n’aurait guère été possible.
Je pense que c’est davantage le chant du cygne pour les 2, ne voyant ni l’un ni l’autre, briller outre-mesure. Question de compétitivité, d’âge, de saturation… », nuance Hicham Alaoui.