Depuis 1993, la Formule 1 n’a plus posé ses roues sur le continent. Aux côtés de pays comme l’Afrique du Sud et le Rwanda, le Maroc affine désormais sa stratégie pour rejoindre la grille mondiale. Décryptage
La Formule 1 a disparu du continent africain depuis la dernière édition du Grand Prix d’Afrique du Sud en 1993, marquant une absence de plus de trois décennies. Et pour la petite histoire, le Maroc n’a accueilli qu’un seul Grand Prix comptant pour le championnat du monde, à Casablanca en 1958 sur le circuit d’Aïn Diab, une rare parenthèse historique au palmarès de la référence mondiale des sports mécaniques.
Aujourd’hui, trois nations africaines – l’Afrique du Sud, le Rwanda et désormais le Maroc – se préparent pour ramener la F1 sur le continent. Le Maroc a dévoilé un ambitieux plan à 1,2 milliard de dollars pour bâtir, à 20 km au sud de Tanger, un complexe de classe mondiale avec un circuit FIA Grade 1, hôtels, parc à thème, marina et gare logistique, visant un effet structurant durable au-delà des seules compétitions automobiles.
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Porté par l’ancien directeur de McLaren et Lotus, Eric Boullier, ce projet est présenté comme un mini Abu Dhabi, reposant sur un modèle intégré combinant tourisme, événementiel et sport. Le Royaume dispose déjà de 800 millions de dollars d’investissements privés, et une première course possible en 2027 ou 2028. Le complexe comprend un circuit de catégorie 1, apte à accueillir la F1, le WEC et le MotoGP, un parc d’attractions, un centre commercial, des hôtels et une marina. On estime que 10 000 emplois pourraient être créés.
« Je pense que l’arrivée de la Formule 1 au Maroc serait un événement extraordinaire pour le pays, Non seulement cela mettrait en avant le dynamisme et l’attractivité du Maroc sur la scène internationale, mais cela créerait également des milliers d’emplois et stimulerait l’économie locale. Le projet est une initiative audacieuse qui pourrait hisser le Maroc au rang des destinations mondiales de premier plan pour les sports mécaniques », considère Zoubir Bouhoute, expert en politique touristique.
Et d’ajouter: « Le Maroc a déjà fait preuve d’une grande ambition et d’une forte capacité à organiser des événements internationaux de grande envergure, comme en témoigne sa candidature pour la Coupe du Monde 2030 en compagnie du Portugal et de l’Espagne. Les avancées majeures dans les infrastructures, telles que les autoroutes, les aéroports et les ports, ont considérablement amélioré la connectivité et l’accessibilité du pays.
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De plus, le Maroc a enregistré des performances touristiques exceptionnelles ces dernières années, avec une augmentation significative du nombre de visiteurs et une diversification de l’offre touristique. L’arrivée de la Formule 1 serait un catalyseur supplémentaire pour le secteur touristique et contribuerait à renforcer l’image du Maroc comme destination de choix pour les voyageurs et les amateurs de sports.
«Cet événement serait également une occasion pour le Maroc de mettre en avant son savoir-faire et son expertise dans l’organisation d’événements sportifs de grande envergure, et de renforcer sa position sur la scène internationale. Je suis convaincu que l’arrivée de la Formule 1 au Maroc serait un succès retentissant et aurait un impact durable et positif sur le pays», fait remarquer la même source.
Un tournant stratégique
Depuis Kyalami en 1993, l’Afrique reste le seul continent privé de Grand Prix. Les récents propos du CEO de la F1, Stefano Domenicali, confirment une volonté réaffirmée de réintroduire l’Afrique sur le calendrier, avec des discussions en cours avec le Maroc, le Rwanda et l’Afrique du Sud. Le Maroc se distingue par sa planification avancée, son site stratégique proche de Tanger Med et de l’Espagne, et une vision intégrée articulant circuit, infrastructure logistique, et offre touristique. Selon Boullier, « si ce projet voit le jour, il coche toutes les cases de ce que la F1 veut atteindre en Afrique » .
Un projet multidimensionnel à fort effet levier
Le projet ne se limite pas à une piste de course. Il s’agit de concevoir un écosystème durable, avec un parc à thème, un pôle hôtelier, un centre de congrès et une marina, afin de capter l’intérêt touristique toute l’année — et pas seulement pendant le Grand Prix. Le site devrait créer jusqu’à 10 000 emplois directs et indirects. Grâce à sa proximité avec l’Europe, le site peut attirer facilement les équipes, les spectateurs et les infrastructures techniques depuis l’Espagne, ce qui représente un atout logistique majeur.
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« Un Grand Prix au Maroc ne serait pas qu’un spectacle : c’est une feuille de route stratégique pour renforcer le soft power du Royaume, promouvoir le tourisme international et diversifier le modèle économique. L’accueil d’un tel événement contribuerait à asseoir les ambitions marocaines de hub sportif continental et mondial. Simultanément, cela stimulerait l’industrialisation locale, l’hôtellerie, la logistique et les industries annexes. C’est une vision de développement économique par le sport, qui s’inscrit dans les dynamiques mondiales autour de l’événementiel sportif et du tourisme de masse », nous confie Zoubir Bouhoute.
Les atouts du Maroc
Le dossier du Maroc compte sur divers atouts dont les infrastructures de qualité parmi lesquelles le Port de Tanger Med, des aéroports et des autoroutes qui ont considérablement amélioré la connectivité du pays et des infrastructures sanitaires.
Par ailleurs, contrairement à certains candidats, le Maroc, à l’instar de l’Afrique du Sud, possède une certaine expérience dans le domaine de l’organisation des courses automobiles. Si l’unique Grand Prix organisé en 1958 sur le circuit d’Aïn Diab fait partie de l’histoire, le circuit Moulay El Hassan de Marrakech accueille une compétition de Formule E.
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Au-delà, la candidature potentielle de Tanger bénéficie d’un positionnement géographique attractif et unique en Afrique grâce à sa proximité géographique avec l’Europe dont elle n’est séparée que de seulement une quinzaine de kilomètres. Une proximité qui facilite la logistique des écuries essentiellement européennes de la Formule 1 et qui pourrait facilement attirer de nombreux spectateurs grâce à la proximité avec l’Espagne. En attendant,le Maroc demeure le premier pays africain à avoir accueilli une étape du Grand Prix Automobile en 1958, sur le circuit d’Aïn Diab à Casablanca, avant l’ère de la Formule 1, ne compte pas rester à l’écart.