Si les performances des Lions de l’Atlas reposent sur le talent des joueurs, elles sont aussi le fruit d’un travail de fond mené par un staff technique aux compétences complémentaires. Autour de Mohamed Ouahbi, des spécialistes de la tactique, de l’analyse vidéo et de l’accompagnement des joueurs œuvrent pour les performances du Maroc. Qui sont ces hommes de l’ombre ?
Sur les pelouses mondiales, les Lions de l’Atlas ne rugissent plus seuls. Derrière chaque accélération de Brahim Diaz, chaque placement de Saïss, chaque inspiration de Yassine Bounou, il y a une matrice silencieuse, une mécanique de précision que l’œil du supporter ne perçoit pas. Si Mohamed Ouahbi, le sélectionneur, en est le visage et la voix, il n’est que la partie émergée d’un édifice technique dont les fondations ont été pensées, agencées, rodées pour résister aux ouragans du football moderne. C’était lors du match du 16e finale oppossant le Maroc au Pays Bas que notre œil de journaliste a été porté sur ces artisans de la performance marocaine concentré sur leur petit écrans de tactique au côté de l’entraineur en Chef.
Ce staff, c’est un collectif d’experts aux compétences tranchées, une greffe réussie entre l’école européenne du management, la mémoire vive du football marocain et la révolution des données. Ils ne courent pas, ne marquent pas, ne célèbrent pas sous les projecteurs. Pourtant, sans eux, l’ambition affichée par la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) de s’ancrer durablement parmi les toutes grandes nations ne serait qu’un vœu pieux. Leur point commun ?
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Une obsession : la performance. Pour saisir l’alchimie de ce « cerveau collectif », il faut pénétrer dans les rouages d’une organisation où la tactique dialogue avec la transmission, où la vidéo épouse la psychologie, où l’expérience des anciens nourrit l’audace des nouvelles technologies. Panorama de ces visages sur le banc marocain.
João Sacramento, le stratège aux gènes européens
À la droite de Mohamed Ouahbi, un homme contraste par sa jeunesse et son CV gravé dans le marbre du très haut niveau : João Sacramento. Le Portugais n’est pas un adjoint ordinaire. Sa réputation, il l’a bâtie dans le sillage de José Mourinho, cet orfèvre du management psychologique et tactique. Sacramento incarne cette génération de techniciens qui ne se contentent plus de diriger un entraînement, mais qui conçoivent le football comme un problème d’échecs à résoudre avant même le coup d’envoi.

João Sacramento
Son apport aux Lions de l’Atlas est d’une autre dimension. « Là où certains adjoints se cantonnent à des exercices convenus, lui apporte une méthodologie héritée des plus grands championnats européens. Il ne s’agit pas seulement d’analyser l’adversaire, mais de décortiquer ses moindres habitudes, ses failles dans les transitions, ses automatismes sous pression. Sacramento est l’homme des schémas alternatifs, des plans B et C que le public ignore mais que les joueurs intègrent comme un réflexe », nous confie Hicham Alaoui consultant football a Radio Marrs. Sa rigueur, presque clinique, insuffle une discipline qui ne laisse rien au hasard. Aux côtés de Ouahbi, il incarne le contrepoids stratégique.
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Mais son rôle ne s’arrête pas à la feuille de match. Dans les longs couloirs des hôtels avant les rencontres, Sacramento est celui qui distille les dernières consignes, qui ajuste un placement, qui répète un mouvement. Sa présence est un gage de crédibilité pour des joueurs évoluant dans les plus grands clubs : ils savent qu’ils ont affaire à un esprit qui a côtoyé les maîtres du jeu. Sur le terrain sa compréhension analytique aider l’entraineur en chef à fait la différence tactique.
Youssouf Hadji, le passeur de flamme
À ses côtés, un profil tout aussi stratégique mais d’une nature radicalement différente : Youssouf Hadji. L’ancien international marocain n’est pas là pour faire de la figuration ou jouer les figurants nostalgiques. Il est le liant, le ciment humain d’un vestiaire où cohabitent des générations, des cultures, des trajectoires parfois opposées. Là où Sacramento apporte la froideur de l’analyse, Hadji insuffle la chaleur de l’identité. Son expérience du haut niveau – il en connaît les exigences, les sacrifices, les doutes – lui confère une autorité naturelle.
Mais c’est surtout sa connaissance intime des « valeurs » de la sélection qui en fait un rouage indispensable. Dans une équipe nationale, le maillot pèse plus lourd qu’un simple tissu ; il porte une histoire, une fierté, une pression. Hadji est le gardien de cette mémoire. Il n’est pas un simple intermédiaire entre le staff et les joueurs ; il est un traducteur, celui qui reformule un discours tactique en émotion collective, qui rappelle à un jeune prodige ce que signifie défendre les couleurs du Maroc devant un stade entier.

Youssouf Hadji
Pour rappel, Hadji occupait auparavant le poste d’adjoint de Tarik Sektioui. Il a notamment contribué à la médaille de bronze remportée lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, ainsi qu’aux sacres au Championnat d’Afrique des nations (CHAN) et en Coupe arabe. Il a également été l’adjoint d’Issam Charaï à la tête de l’équipe nationale U23, sacrée championne d’Afrique en 2023. Et le nom Hajji, c’est une longue histoire avec l’équipe nationale. Le grand frère Après avoir déjà mené le Maroc en Coupe du monde deux fois en tant que joueur, était lui aussi sélectionneur adjoint. Le Ballon d’Or Africain de 1998, formé à l’ASNL, était le porte-bonheur des Lions de l’Atlas.
Abdelhak El Fadil, le déchiffreur de données
Dans l’ombre des projecteurs, Abdelhak El Fadil travaille, lui, à l’image. Spécialiste de l’observation technique et de la vidéo, il est l’œil qui ne dort jamais. Dans le football d’aujourd’hui, où chaque mouvement est scruté, chaque statistique disséquée, son rôle est devenu aussi vital que celui d’un attaquant. El Fadil décortique, décrypte, déconstruit. Son travail ? Réduire le jeu de l’adversaire à une somme de données exploitables : zones de prédilection, faiblesses dans le pressing, habitudes en phase défensive, choix de passes sous pression.
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Ce n’est pas une tâche anecdotique. Elle détermine la manière dont les Lions de l’Atlas aborderont chaque rencontre. Un rapport d’El Fadil peut suffire à faire basculer une décision tactique majeure : faut-il presser haut ou laisser l’adversaire construire ? Faut-il densifier le milieu ou exploiter la largeur ? Ses analyses ne sont pas de simples statistiques brutes ; elles sont interprétées, contextualisées, transformées en outils opérationnels pour le staff.

Abdelhak El Fadil
Mais El Fadil ne se limite pas à l’adversaire. Il scrute également les prestations des Lions de l’Atlas avec une lucidité impitoyable. Ses retours permettent d’ajuster les positionnements, de corriger les erreurs récurrentes, d’identifier les automatismes qui fonctionnent ou ceux qui grippent. En ce sens, il est le miroir objectif d’une équipe en perpétuel mouvement. Son expertise, combinée à celle de son homologue Ayman Makroud, fait de l’analyse vidéo un levier de performance à part entière, et non plus un simple outil de curiosité.
Une symphonie sous la baguette de Ouahbi
Ce qui frappe, à la lecture de cette galerie de portraits, c’est l’intelligence de l’architecture. Mohamed Ouahbi n’a pas choisi ses adjoints par facilité ou par copinage. Il a assemblé des compétences qui, mises bout à bout, couvrent tous les angles du football moderne : la tactique européenne (Sacramento), l’identité et la psychologie du vestiaire (Hadji), l’analyse de la performance (El Fadil), la technologie. Chacun est un expert dans son domaine, mais aucun ne pourrait exister sans les autres. Ce n’est pas un staff, c’est un écosystème. Chaque décision, chaque entraînement, chaque briefing est le fruit d’un dialogue permanent entre ces sensibilités. « Sacramento propose un plan, Hadji le traduit pour les joueurs, El Fadil et Makroud le nourrissent de données, Jamal et Moussaoui le vérifient par rapport à la stratégie fédérale. Et Ouahbi, en chef d’orchestre, synthétise, arbitre, décide. La fluidité de ce processus est la clé de la performance », explique Hicham.
Cette organisation répond à une exigence fondamentale : le football de haut niveau n’est plus une affaire de génie solitaire, mais de travail collectif, méthodique, quasi industriel. Les Lions de l’Atlas, en s’équipant ainsi, se donnent les moyens de rivaliser avec les nations qui ont déjà franchi ce cap. La France, l’Angleterre, l’Espagne, le Brésil : toutes ont depuis longtemps structuré leur encadrement technique autour de ces profils complémentaires. Le Maroc, sous l’impulsion de la FRMF, rattrape s’impose et, surtout, l’intègre avec une identité propre.