La guerre au Moyen Orient a directement impacté les prix de pétrole, de gaz et autres produits dérivés. Au Maroc, des mécanismes spécifiques ont été déployés pour atténuer cet impact. La communication officielle est néanmoins restée partielle, voire déficitaire. L’aspect fiscal de cet impact est absent bien qu’ayant pourtant sa place et méritant d’être mieux expliqué.
La première sortie a été celle de Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Economie et des finances, sur une chaine étrangère. Des déclarations assez générales pour dire que le Maroc est bien préparé pour ce type de choc externe et qu’il dispose d’une expérience lui permettant de renforcer sa résilience. Pourtant, avant l’attaque armée d’Israël et des Etats unis d’Amérique contre l’Iran, N.F. Alaoui avait déjà évoqué, le 6 février, un stock global de 617 000 tonnes, c’est-à-dire à peine 18 jours de consommation. Tout en ajoutant qu’un « million de tonnes sont en attente dans les ports ». S’agit-il d’une partie des stocks ou de « quantités en transit » ?
Ce que n’évoque pas la ministre, c’est le non-respect de la réglementation par les distributeurs des produits pétroliers, exerçant un monopole de fait, notamment en matière de stockage obligatoire d’un minimum de 60 jours de consommation nationale (Stock de sécurité ou réserves stratégiques), ainsi que la non application des sanctions prévues. En effet, le niveau de stockage minimum n’a jamais été observé pour les produits pétroliers raffinés. Quelques jours après le conflit armé au Moyen Orient et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, les prix à la pompe ont flambé.
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La deuxième sortie a été celle de Leïla Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, après le déclenchement du conflit armé Israël-Etats Unis d’Amérique contre l’Iran. Celle-ci a rappelé qu’au moment de la présentation du budget 2026, les capacités de stockage des produits pétroliers étaient de 3 millions de mètres cubes, avec 2,2 millions de mètres cubes de produits pétroliers liquides et 799 000 mètres cubes de GPL dont respectivement 90% et 91% dans les ports. En termes de jours de consommation, au mois de décembre 2025, la réserve ou stock minimum pour l’essence super a été de 100 jours, 76 jours pour le gasoil, 87 jours pour le fioul, 58 jours pour le kérosène, 55 jours pour le gaz butane et 29 jours pour le gaz propane.
L’approvisionnement des produits pétroliers raffinés n’est pas effectué directement auprès des producteurs/raffineries, mais auprès des intermédiaires professionnels (traders) avec une forte dépendance vis-à-vis du marché européen qui dépend à hauteur de 10% du Moyen Orient. Ce n’est néanmoins pas le cas du gaz butane et du propane acheté principalement au Moyen Orient (Arabie Saoudite, Koweït et Emirats Arabes Unis).
Toujours d’après les déclarations de la ministre chargée de l’énergie, la consommation annuelle globale de gaz et pétrole serait de 12 millions de tonnes, avec une progression annuelle de 2,5 à 3%. Le gasoil vient en tête avec 55%.
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Plus récemment, le 2 avril, Fouzi Lekjaâ a donné des précisions sur l’évolution récente des prix des produits pétroliers et du gaz à l’international. Pour le gasoil, le prix de la tonne a augmenté de 717 à 1 260 dollars, soit + 75%. Le baril de pétrole brut est passé de 70 à 100 dollars (+ 44%). Le prix du gaz butane est passé de 547 à 751 dollars, soit + 38%. C’est aussi le cas des intrants pour la production de l’électricité : fioul : +60% ; gaz naturel : + 63% ; et charbon : + 21%.
Face à cette hausse, l’Etat a réagi à trois niveaux. D’abord au niveau du gaz butane en subventionnant la bouteille de gaz de 12 kg, à hauteur de 78 DH par unité, contre 30 DH auparavant, soit 48DH de plus. Le coût mensuel de cette mesure serait de 600 MDH. Ensuite, l’intervention des pouvoirs publics s’est traduite par le gel des tarifs de l’électricité à usage domestique ou professionnel, en absorbant une partie du coût des intrants. Cette mesure représente un coût mensuel de 400 MDH. Enfin, une aide directe est destinée aux « professionnels du transport » (train, bus, taxis, transport scolaire et rural). Le montant de l’aide a été fixé à 3 DH par litre de carburant utilisé. Le coût mensuel de cette disposition, mise en œuvre le 15 mars, s’élève à 648 MDH. Ainsi, le coût global de l’appui étatique atteint 1 648 MDH.
En fait, il s’agit là du montant brut de l’aide publique directe sous forme de subventions financières. Or, l’augmentation des prix des produits pétroliers et du gaz induit aussi une hausse quasi-mécanique des recettes fiscales, notamment en matière de TVA. En matière de Taxe intérieure à la consommation (TIC), l’assiette est constituée de la quantité/volume consommé. Donc, à ce niveau, pas de variation des recettes, à moins d’une hausse ou d’une baisse de la consommation. Par contre, la TVA, au taux de 10%, doit se traduire automatiquement par des recettes supplémentaires, lesquelles couvrent tout au moins en partie lesdites subventions financières de l’Etat.
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Ainsi, la TIC sur les produits énergétiques a rapporté, en 2025, des recettes d’un montant global de 20,53 MMDH, contre 17,98 MMDH, en 2024. Cette hausse de + 14,2% est imputable non pas à la variation des prix mais à une hausse de la consommation inhérente à la croissance économique post Covid. Alors que la TVA sur les importations a généré, en 2025, une recette globale de 63,16 MMDH, contre 58,47 MMDH, en 2024, soit une hausse de + 8,2%. Néanmoins, d’après les statistiques de la TGR, la TVA sur les produits énergétiques importés a enregistré une baisse de – 3,9% (- 370 MDH), au moment où la TVA sur les autres importations a connu une hausse de + 10,6% (+ 5,17 MMDH).
Cette analyse détaillée des recettes fiscales est plus révélatrice. Nous avons d’une part une croissance des recettes TIC et donc une croissance de la consommation des produits pétroliers qui ne peut découler que de la croissance économique, et une évolution inverse des recettes TVA/produits pétroliers. Cela signifie tout simplement que la baisse des recettes TVA/produits pétroliers est due à une baisse des prix de ces produits sur le marché international. Et c’était le moment d’acheter au maximum pour constituer les stocks/réserves en produits pétroliers. Encore faut-il que les principaux importateurs de ces produits investissent en matière de construction des infrastructures de stockage.

Les prévisions de la loi de finances de l’année 2026 ont été basées sur le prix d’un baril de pétrole à 65 dollars. La TIC devrait rapporter des recettes fiscales d’un montant de 23,16 MMDH. La TVA sur les importations devrait rapporter, d’après les prévisions initiales, des recettes d’un montant global de 71,03 MMDH. Or, ces dernières vont être certainement boostées par la variation des prix des produits pétroliers après le déclenchement de la guerre au Proche Orient. En 2024, la TVA sur les produits énergétiques a rapporté 11,38 MMDH, soit presque 20 % des recettes TVA sur les importations dont le montant global a été de 58,47 MMDH. Pour l’année 2026, et sur la base des prévisions de la LF-2026, les recettes TVA/produits pétroliers devraient rapporter un montant global de 14,20 MMDH (71,03 x 0,20). La hausse des prix des produits pétroliers importés ayant un impact quasi-automatique sur les recettes TVA à l’import, il est donc nécessaire de revoir les prévisions initiales en vue de connaitre le montant net de l’aide publique directe pour faire face à cette situation.
Dans l’hypothèse d’une guerre durable et d’une stabilité du prix du baril de pétrole autour de 100 dollars, la recette TVA spécifique aux produits pétroliers importés, en 2026, devrait atteindre presque 21 MMDH, c’est-à-dire 6,8 MMDH en recettes TVA supplémentaires par rapport aux prévisions initiales de la LF-2026, rien que pour l’importation de ces produits pétroliers importés. A ces recettes exceptionnelles TVA à l’import doit, bien sûr s’ajouter, le montant des recettes supplémentaires TVA à l’intérieur collectées par les distributeurs pétroliers dans la vente à l’intérieur.
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Ainsi, si la subvention mensuelle prévue (1648 MDH) est accordée au titre des mois de mars à décembre 2026, elle devrait atteindre 16,48 MMDH (1648 MDH x 10). De ce montant devrait être défalquées tout au moins les recettes exceptionnelles TVA spécifiques à l’importation des produits pétroliers, soit plus de 6,8 MMDH, pour connaitre le montant net (moins de 10 MMDH) de l’appui public direct accordé.
