Quelques mois après l’annonce de l’acquisition du pétrolier « PS OUFELLA », Yassine El Omari, fondateur et PDG du groupe Petrostar, concrétise une nouvelle étape dans sa stratégie d’intégration maritime. Le navire, désormais immatriculé sous pavillon marocain après sa mise en conformité à Rotterdam, vient de réaliser avec succès sa première opération de soutage en hydrocarbures en mode Ship-to-Ship (STS) au niveau du Port d’Agadir.
L’opération a été réalisée entre deux navires de haute mer battant pavillon marocain : le MT PS OUFELLA et le MT CHALLAH. Ce type de transvasement, connu sous l’appellation « Ship to Ship » (STS), est autorisé dans l’enceinte portuaire d’Agadir depuis le 22 janvier 2026. Une première dans le paysage maritime national.
L’opération s’est déroulée dans des conditions de sécurité optimales, favorisées notamment par la configuration du vaste plan d’eau portuaire de 63 hectares, dont les caractéristiques facilitent l’alignement et la stabilité des navires lors des opérations de transfert.
Au-delà de son caractère symbolique, cette première opération STS marque un tournant important pour l’exploitation des infrastructures portuaires d’Agadir. Elle permettra notamment d’alléger la pression sur l’unique terminal pétrolier du port. Long de 64 mètres, ce dernier dispose d’un quai à profondeur de huit mètres, équipé pour assurer un débit nominal de gasoil de 400 tonnes par heure.
Protégé par une digue de 2.450 mètres, le PS OUFELLA est actuellement au mouillage à l’abri de la houle atlantique. De son côté, le tanker CHALLAH a rapidement appareillé en direction du port de Port de Mohammedia, libérant ainsi le terminal pétrolier pour accueillir, sans délai, un grand navire-citerne attendu le 13 mai 2026.
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Un pas de plus vers la souveraineté maritime
Pour le management de Petrostar Maroc, cette initiative s’inscrit pleinement dans la Vision Royale visant à renforcer la flotte maritime nationale, développer les capacités logistiques maritimes du Royaume et positionner le Maroc comme hub maritime et logistique régional et international.
Réalisée dans le strict respect des exigences réglementaires, sécuritaires, opérationnelles et environnementales imposées par les autorités marocaines, cette première opération STS illustre également la volonté de développer des services maritimes à forte valeur ajoutée conformes aux standards internationaux.
Le choix du Port d’Agadir n’est pas anodin. Positionné sur la façade atlantique, le port bénéficie d’une localisation stratégique à proximité des grandes routes maritimes reliant l’Europe, l’Afrique et le bassin Atlantique. Le lancement d’opérations STS depuis Agadir participe ainsi à la dynamique nationale d’ouverture maritime du Royaume sur l’Atlantique.
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Le bunkering maritime, un levier logistique et économique
Au-delà de sa dimension symbolique, le soutage maritime par barge présente des avantages structurels importants pour les ports marocains. Contrairement au soutage par camions-citernes, ce modèle réduit fortement les mouvements routiers au sein des enceintes portuaires, limitant ainsi la congestion et améliorant la fluidité des opérations.
Cette approche permet également d’optimiser les temps d’escale des navires, de renforcer la sécurité portuaire et de réduire les risques opérationnels liés au transport terrestre des hydrocarbures.
L’activité favorise par ailleurs l’émergence progressive d’une véritable filière maritime spécialisée autour des métiers du bunkering : formation d’équipages, développement d’expertises STS, montée en compétences des opérateurs et création de services maritimes à forte valeur ajoutée.
Dans ce cadre, Agence Nationale des Ports joue un rôle central dans l’encadrement et la régulation des opérations de soutage maritime au niveau des ports marocains.
Depuis sa création en 2012, Petrostar Maroc a progressivement étendu son périmètre d’activité. D’abord spécialisée dans le bunkering, l’entreprise s’est ensuite développée dans la distribution BtoB avant d’investir le segment retail avec un réseau ayant atteint 32 stations-service fin 2023.
Le groupe a également obtenu les agréments de distribution puis d’importation des produits pétroliers, lancé des centres de maintenance automobile et déployé une station mobile entièrement digitalisée destinée aux entreprises.
Dans un marché profondément transformé depuis l’arrêt de la raffinerie Samir en 2015, cette stratégie d’intégration verticale a permis à l’entreprise de s’imposer parmi les acteurs les plus dynamiques du secteur. L’investissement dans le PS OUFELLA confirme désormais une volonté d’intégration complète allant de l’importation au stockage, du transport à la distribution. Pour rappel, le PS OUFELLA est un tanker à double coque de 1.055 tonneaux acquis en novembre 2025 par Petrostar Maroc dans le cadre de son expansion vers le transport maritime et les services de bunkering.

Le retour progressif du pavillon marocain
L’arrivée du PS OUFELLA intervient dans un contexte où le cabotage apparaît comme un enjeu stratégique majeur pour la sécurité énergétique nationale. Les hydrocarbures représentent aujourd’hui près de la moitié des six millions de tonnes transportées annuellement en cabotage au Maroc.
Depuis l’arrêt de la Samir, l’approvisionnement national repose principalement sur les importations transitant par Port Tanger Med avant redistribution vers les autres ports du Royaume, notamment ceux du sud.
Or, ce segment demeure largement dominé par des armateurs étrangers malgré les appels répétés à renforcer le pavillon national. L’intégration d’un nouveau tanker marocain contribue ainsi à réduire cette dépendance et à renforcer la capacité du Royaume à maîtriser ses flux énergétiques.
Avec l’entrée en exploitation du PS OUFELLA, la flotte marchande marocaine compte désormais seize unités, dont six caboteurs pétroliers opérant sous pavillon national aux côtés de navires passagers et porte-conteneurs. Une dynamique encore modeste, mais qui s’inscrit dans la continuité du discours royal du 6 novembre 2023 appelant à reconstruire une flotte marchande compétitive capable de s’intégrer aux grandes routes africaines et méditerranéennes.