Interview

Hicham Alaoui Bensaid : «Accepter que ce qui a fait la réussite d’hier, peut être un frein demain»

L’assureur mondial Allianz, vient de rendre publics les résultats de son treizième Baromètre mondial des risques d’entreprise.

Une enquête qui a recueilli les avis de 3 069 experts de 92 pays, y compris le Maroc, parmi lesquels des directeurs généraux, des gestionnaires de risques, des courtiers et des assureurs. Et le moins que l’on puisse dire, est qu’il est nécessaire de faire attention aux risques cyber qui montent encore plus en puissance cette année. Précisions de Hicham Alaoui Bensaid CEO d’Allianz Trade sur les principales conclusions qui ressortent ainsi que les mesures à mettre en place. 

Challenge :Quels sont les principaux enseignements tirés du Baromètre des Risques Allianz concernant les défis spécifiques auxquels les entreprises en Afrique sont confrontées ?     

Hicham Alaoui Bensaid : Le baromètre des Risques Allianz en Afrique et au Moyen-Orient indique la montée en gamme des risques cyber, déjà seconds du classement 2023, et têtes de liste du classement 2024, en ligne avec la tendance mondiale.

Comparativement au classement mondial, il convient de noter que les entreprises africaines ayant répondu à notre baromètre mettent en exergue un certain nombre de risques assez spécifiques au continent (qualité des infrastructures, risques politiques, risques énergétiques…). Concernant d’autres risques, nous retrouvons des thématiques davantage communes à d’autres régions du Globe (changements climatiques, évolutions législatives et réglementaires, catastrophes naturelles…).

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Challenge :Pouvez-vous nous expliquer en quoi les risques liés à la cybersécurité représentent une menace majeure pour les entreprises en Afrique et comment cela remet en cause leurs modèles économiques ? 

H.A.B. : Les risques liés à la cybersécurité incluent de fait une gamme relativement hétéroclite de sous-risques, puisqu’il peut être question de ransomware (prise en otage d’un compte informatique, libérable moyennant versement d’une rançon), de piratage d’un compte bancaire par exemple, permettant d’opérer des transactions financières, ou encore de chevaux de Troie, permettant un accès à des informations confidentielles. 

De ce fait, les entreprises impactées, qu’elles soient basées en Afrique ou ailleurs, sont confrontées à de nombreuses implications négatives, allant de la lenteur, voire à l’arrêt, du système d’information, à la matérialisation, le cas échéant, de paiements financiers indus, en passant par la récupération de données confidentielles (base commerciale, base RH…), qui constituent une grande partie du goodwill d’une entreprise. 

Challenge :Dans ce sens, en quoi la collaboration entre les entreprises, les gouvernements et les organisations internationales peut-elle contribuer à atténuer les risques opérationnels auxquels font face les entreprises en Afrique ?

H.A.B. : La conjonction des efforts de tous semble être la base d’une solution pérenne et efficiente à ce phénomène d’importance. Ainsi, des initiatives étatiques (nationales ou internationales), notamment à travers un arsenal législatif renforcé, mais également des budgets significatifs alloués à la prévention des attaques et à la minimisation de leurs effets en cas de survenance, peuvent contribuer à dissuader les cyber-délinquants. Cela a bien évidemment un coût, mais qui peut demeurer marginal comparé aux impacts en jeu.

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Challenge :Quelles sont donc les actions concrètes que les dirigeants d’entreprise en Afrique peuvent entreprendre dès aujourd’hui pour protéger leurs activités des risques cyber, opérationnels et environnementaux et assurer leur viabilité à long terme ? 

H.A.B. : De fait, les entreprises, en se prémunissant au maximum contre les sources de risques cyber potentielles, en investissant dans des mécanismes de sécurisation informatique en amont et en souscrivant à des contrats d’assurance contre les risques cyber, en aval, peuvent ainsi initier un début de réponse.

Concernant les risques environnementaux, la création de comités ad hoc, dotés de moyens adaptés, et chargés tant de la veille réglementaire, que de l’identification des best practices à l’international, peut être une solution adaptée.

Quant aux risques opérationnels, il s’agit sans doute de la thématique à laquelle les entreprises semblent les plus sensibilisées, depuis des années, à travers des mécanismes de procédures internes et de contrôles croisés, en théorie. En pratique, ces procédures sont-elles suffisamment actualisées et documentées ? Les contrôles sont-ils opérants et documentés ? Les TPE et PME ont-elles une taille suffisamment critique permettant le déploiement de procédures de nature à mitiger, autant que faire se peut, les risques opérationnels ? Ces questions peuvent légitimement se poser.

Challenge :Qu’en est-il du Maroc ? Et en quoi l’interconnexion croissante des risques technologiques, sociétaux et géopolitiques représente-t-elle un défi majeur pour les entreprises au Maroc et comment cela influence leur capacité à s’adapter rapidement aux changements ? 

H.A.B. : Nous parlons, concrètement, de besoins croissants en moyens matériels (systèmes de protection informatique opérants, polices d’assurances adaptées…) et humains (recrutements de nouvelles fonctions, formations continues…), mais également de la gestion de la conduite du changement et de la résistance à ce dernier. Pour un certain nombre d’entreprises marocaines, sur les deux considérations (moyens requis et gestion du changement), le pari est tout sauf gagné d’avance. 

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Challenge :Comment les entreprises marocaines peuvent-elles tirer parti des changements technologiques accélérés pour renforcer leur compétitivité tout en relevant les défis liés aux risques sociétaux et géopolitiques ?

H.A.B. : Je suis persuadé que nombre d’entreprises marocaines peuvent se démarquer par rapport à la concurrence, du fait d’une meilleure gestion des changements technologiques. Les mentalités évoluant, et les priorités se redistribuant, beaucoup d’entreprises peuvent mettre à profit une avancée technologique pour mieux anticiper et gérer les effets de divers risques (sociétaux, géopolitiques…), tout en répondant encore mieux aux besoins de leurs marchés.

Challenge :En définitive, quelles sont les actions concrètes que les dirigeants d’entreprise au Maroc peuvent mettre en œuvre dès maintenant pour naviguer avec succès dans ce contexte de mutation accélérée et surmonter les défis interconnectés qui se présentent à eux ?

H.A.B. : Investir, ou plus précisément, réallouer les investissements classiques du passé vers des investissements davantage dans l’air du temps.

Être prêt au changement et accepter que ce qui a fait la réussite d’hier, peut être un frein demain.

Son parcours 
Hicham Bensaid Alaoui est le CEO d’Allianz Trade Morocco (By Euler Hermes Acmar), leader mondial en assurance-crédit. L’Expert a, à son actif un diplôme d’expertise comptable de l’Etat Français et un Master grande école d’Audencia Nantes School of Management. Avant d’occuper son poste actuel, Hicham Bensaid Alaoui occupait le poste de Directeur des risques de l’information, des sinistres de l’information et du recouvrement.

Son Actu  
Allianz Maroc a organisé dernièrement, un point de presse à l’occasion de la visite de Patrick Thiels, Directeur Général d’Allianz Commercial Région France, Afrique et Moyen-Orient, et Maxime Darmet, Economiste Senior États Unis et Europe chez Allianz, en présence de Abderrahim Dbich, Administrateur Directeur Général d’Allianz Maroc et de Hicham Bensaid Alaoui, Directeur Général d’Allianz Trade au Maroc. Une rencontre dans le but de présenter le baromètre des risques pour les entreprises, mais aussi de discuter des défis de croissance et de développement pour l’Afrique et le Maroc. 

 
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