L’opération « CGEMRESET » a été lancé par le nouveau président Mehdi Tazi. Un seul nom traverse les deux mandats: Ghita Lahlou, la directrice générale de l’École Centrale Casablanca, maintenue pour un troisième mandat. Analyse.
L’ampleur du changement est saisissable à un simple chiffre. Un seul profil a été maintenu à ce que les observateurs appellent désormais « l’opération CGEM RESET ».Une seule figure traverse les deux mandats : Ghita Lahlou, la directrice générale de l’École Centrale Casablanca, reconduite pour un troisième mandat. Le Bureau exécutif, lui, affiche un taux de renouvellement de plus de 80 %, du jamais-vu dans l’histoire du patronat marocain. Ce bouleversement répond à une logique claire, comme le confie Driss Bouti, président de la CGEM Souss-Massa: «Nous sommes dans un renouvellement parce que Mehdi Tazi voulait qu’il y ait une vraie rotation des responsabilités. Il tenait à donner l’occasion à de nouvelles personnes de travailler et servir l’entreprise marocaine à la lumière des défis qui pointent à l’horizon».
Dans les détails, l’âge moyen du nouveau Bureau tourne autour de 47 ans. Dans une publication sur ses réseaux sociaux, il a résumé l’ambition de sa nouvelle équipe : « Cette équipe reflète notre volonté d’insuffler une nouvelle dynamique au sein de la Confédération au service de l’entreprise marocaine, avec l’arrivée de nouvelles compétences et une représentation renforcée des TPME, des Régions et des femmes entrepreneures. »
Les cinq nouveaux vice-présidents : un casting de poids lourds
Mehdi Tazi n’a pas choisi des figurants. Il a assemblé un casting de cinq vice-présidents qui sont autant de poids lourds de l’économie marocaine, chacun avec un secteur de prédilection et une expertise pointue.
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Naziha Belkeziz, la patronne de la BCP, est une banquière discrète qui évolue dans le secteur bancaire et financier depuis plus de trente ans. Son parcours est exemplaire : elle a débuté sa carrière en 1992 à la Banque commerciale du Maroc, l’ancêtre d’Attijariwafa bank, avant de devenir consultante en gouvernance d’entreprise et administratrice indépendante dans plusieurs sociétés. En novembre 2024, elle a pris les rênes de la BCP. Son expertise sur le financement et la banque n’est plus à démontrer. Avec elle, Tazi met la main sur le nerf de la guerre économique : l’accès aux capitaux.
Naoual Zine, directrice générale de Reminex, la filiale d’ingénierie et de développement de projets miniers du groupe Managem, cumule avec la présidence de la commission Développement durable. Femme de l’industrie, des mines et de la stratégie, elle incarne la nouvelle génération de dirigeantes marocaines. Dans un Maroc qui mise sur ses ressources minières pour sa transition énergétique, sa présence n’est pas un hasard.
Majid Iraqui, président du directoire de Taqa Maroc, diplômé en finance et d’un MBA de l’Eastern Michigan University, a débuté dans la finance avant de basculer dans l’énergie en 2007. Il est ce qu’on appelle désormais « Monsieur Énergie » du nouveau Bureau. Avec les enjeux de décarbonation et de souveraineté énergétique, c’est un atout stratégique.
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Hicham El Habti, managing director en charge de Innovation & Learning à OCP et président de l’UM6P, supervise la R&D et l’innovation du groupe OCP. Si Mehdi Tazi veut accélérer la R&D et l’innovation, comme il l’a plaidé à plusieurs reprises, l’expérience d’El Habti est précieuse. Point barre. « En effet, le choix de rapprocher le monde universitaire du monde de l’entreprises est a salué. L’enjeu ici est de travailler sur la question de l’adéquation formation emploi », précise Abdelkader Alaoui Le président de la Fédération Nationale de la Minoterie (FNM).
Youssef Alaoui, dont l’arrivée au Bureau est liée à sa qualité de président du groupe parlementaire de la CGEM, constitue une nouveauté. Tazi a décidé d’intégrer le président du groupe parlementaire au Bureau, signe que le lien avec le Parlement et le travail de plaidoyer législatif seront suivis et coordonnés de plus près. En clair: la CGEM ne veut plus subir la loi, elle veut la faire.
IA, innovation, start-up, Afrique: la priorité des priorités…
Absente de la nomenclature 2023, l’intelligence artificielle fait désormais partie de la structure de la CGEM. IA et Transformation économique, présidée par Mohammed Benouda (Aba Technology) ; Accélération des Start-ups, portée par Hamza Rkha Chaham (Sowit) ; et le Morocco Innovation Lab (MIL), confié à Meriem Zairi. Ce dernier est particulièrement emblématique.
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Mehdi Tazi l’avait présenté lors de la rencontre de presse d’annonce de son programme : « Le MIL est un centre d’innovations, un outil qui a été travaillé sur les dix dernières années et qu’on doit mettre en œuvre dans ce mandat, c’est celui qu’on a précédemment appelé l’initiative El Kindi. C’est une vitrine pour l’ensemble des entreprises et l’ensemble des fédérations de la CGEM, sur un modèle qui existe dans d’autres pays dans le monde, et notamment en Turquie, où il y a un modèle d’innovation similaire qui peut permettre aux entreprises de monter en gamme et de faire monter en gamme leurs employés.»
Par ailleurs, le changement le plus significatif, peut-être, se situe au niveau de l’international. L’ancien mandat avait deux commissions : une commission internationale confiée à Ghita Lahlou, et une commission Afrique présidée par Abdou Diop. Tout a été mis à plat. Désormais, l’international est éclaté en cinq commissions régionales : Europe et Méditerranée, Amériques, Moyen-Orient, Asie et Océanie, et Afrique. La commission Afrique est confiée au vice-président général Mohamed Bachiri lui-même. Pas un geste anodin.
« Tazi et Bachiri ont décidé de garder la commission Afrique au niveau de la présidence au vu de l’importance du continent, et parce qu’il y a énormément de choses à faire au niveau de l’intégration industrielle du continent », confie l’économiste Mehdi Fakkir. Le choix de Bachiri, patron de l’automobile, est stratégique. « Il est dans l’automobile et c’est le secteur où il y a le plus d’opportunités en termes d’intégration continentale selon une étude faite par la CGEM et la BAD. Et puis il y a la mobilité durable, les minéraux critiques, les batteries… des sujets que maîtrise le VPG et cela fait donc sens qu’il porte ce sujet », martèle l’économiste marocain.
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L’Afrique n’est plus une simple vitrine pour la CGEM. C’est un terrain de conquête industrielle. La refonte de la gouvernance internationale traduit une vision claire : le Maroc, par le biais de son patronat, entend jouer un rôle moteur dans l’intégration économique du continent.
Une architecture en mouvement
Le nombre de commissions passe de dix-huit à vingt. Mais l’essentiel n’est pas là. C’est l’architecture qui renseigne sur la nouvelle dynamique. La commission TPME est confiée à Adil Rais, vice-président général de la CGEM Tanger-Tétouan-Al Hoceima. « Il est très connu pour être un grand militant et combatif. Sur ce sujet de la TPME, il est important d’avoir quelqu’un qui a de l’expérience et de la détermination », confie Driss Bouti, président de la CGEM Souss-Massa. Deux présidents de fédérations, Abed Chagar (FCP) et Ali El Harti (Fenelec), ont également la présidence de commissions. Un esprit d’inclusivité des fédérations et des secteurs, assure-t-on.
Autre signal fort : la disparition du poste de trésorier adjoint, Jinane Laghrari est nommée à la trésorerie. Elle préside également la commission Compétences et Employabilité. Administratrice indépendante à BOA, elle dispose d’une expertise allant de la finance au développement économique, en passant par le secteur public, pour avoir passé plus d’une quinzaine d’années chez McKinsey. «Cette nouvelle architecture répond aux défis du moments, notamment un monde économique incertains et surtout les défis qui attendent le Maroc notamment le cap 2030 », fait observer le président de la CGEM Souss-Massa.