À quelques heures de leur élection à la tête de la CGEM, Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri ont dévoilé à Casablanca les grandes lignes d’un programme placé sous le signe de l’accélération économique, de la souveraineté productive et de la confiance. Derrière ce tandem complémentaire, mêlant finance, gouvernance et industrie, se dessine une même ambition : faire passer la Confédération d’un rôle de plaidoyer à une logique de réalisation et d’impact afin d’accompagner le Maroc dans une nouvelle phase de montée en puissance économique. Lors de leur point de presse du 11 mai, les deux hommes ont surtout affiché une cohésion rare, portée par une relation de confiance construite au fil des années et une vision commune de l’avenir du secteur privé marocain. Surtout, le binôme ne s’avance pas en terrain inconnu. Tous deux disposent déjà d’un solide ancrage au sein de la CGEM et connaissent parfaitement les rouages de l’institution patronale. Portrait croisé.
Dans la salle de réunion de la CGEM, ce 11 mai à Casablanca, l’atmosphère tranche avec la rigidité souvent associée aux grands rendez-vous patronaux. Les échanges sont fluides, les regards complices, les sourires spontanés. Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri avancent côte à côte avec une aisance qui dépasse le simple cadre d’une campagne électorale. À mesure que les deux hommes déroulent les grandes lignes de leur programme pour la présidence de la CGEM, une idée revient constamment, presque comme une signature : la confiance.
Une confiance affichée, revendiquée et assumée. Entre eux d’abord, mais aussi dans leur manière de concevoir la relation entre la Confédération, les entreprises et les pouvoirs publics. Quelques heures avant l’élection qui les portera finalement à la tête de la CGEM comme président et vice-président, le binôme apparaît déjà soudé autour d’une même lecture du moment économique marocain : celui d’un pays prêt à franchir une nouvelle étape de son développement.
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«Notre conviction, c’est que le Maroc est au seuil de passer à un niveau supérieur», lance Mehdi Tazi devant une salle attentive. «Cela se ressent dans les entreprises, dans la société civile, dans l’image du pays et dans plusieurs secteurs.»
Le ton est posé, calme, mais déterminé. Car derrière cette campagne se dessine une ambition claire : transformer la CGEM en un acteur économique de terrain, capable non seulement de porter la voix du secteur privé, mais aussi d’accompagner concrètement les transformations économiques du Royaume.
«Passer d’une CGEM de plaidoyer à une CGEM de réalisation et d’impact», résume Mehdi Tazi.
Le mot n’est pas choisi au hasard : impact, accélération, souveraineté, intégration, innovation. Tout au long du point de presse, les deux hommes déroulent un programme structuré autour de cinq grands axes, présenté comme une réponse aux mutations profondes que traverse le Maroc. Mais avant même le programme, c’est le tandem lui-même qui attire l’attention.
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Durant toute la rencontre avec la presse, Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri donnent l’impression de parler d’une seule voix. Les interventions s’enchaînent naturellement. Les idées se complètent. Lorsque l’un développe une vision stratégique, l’autre apporte immédiatement une lecture industrielle et opérationnelle. Le binôme ne semble jamais chercher à occuper l’espace individuellement. Au contraire, les deux hommes insistent constamment sur la complémentarité et l’intérêt collectif. Et cette cohésion n’est pas le fruit du hasard.

«On se connaît depuis une dizaine d’années au sein de la Confédération», rappelle Mehdi Tazi. «Si je l’ai choisi, c’est parce que je sais que la confiance est là. Je connais ses valeurs intrinsèques. Il ne faut pas qu’une feuille puisse s’immiscer entre nous deux.»
Cette proximité repose aussi sur une longue expérience commune au sein de la CGEM. Le tandem arrive à la tête du patronat marocain avec une connaissance approfondie des équilibres internes de la Confédération, des attentes des fédérations et des grands dossiers économiques nationaux.
Mehdi Tazi a en effet occupé, durant le précédent mandat, le poste stratégique de vice-président général de la CGEM aux côtés de Chakib Alj. Une expérience qu’il revendique aujourd’hui comme une véritable école de gouvernance patronale. Durant plusieurs années, les deux hommes ont travaillé en étroite collaboration dans un contexte économique parfois complexe, marqué notamment par les conséquences de la crise sanitaire, les tensions inflationnistes et plusieurs grands chantiers de réformes.
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Lors du point de presse, Mehdi Tazi a d’ailleurs tenu à rendre hommage au président sortant et à la qualité de leur relation de travail. Il évoque une collaboration fondée sur la confiance, la stabilité et le sens du collectif.
«Même dans les moments difficiles, il y a eu la sagesse et la bienveillance de ne pas bouger», explique-t-il. «Dès qu’il y a une brèche, certains aiment appuyer dessus. Nous avons toujours privilégié l’intérêt collectif.»
À travers ces mots, Mehdi Tazi souligne aussi une certaine continuité dans la manière d’aborder la gouvernance de la Confédération. Le futur président insiste sur les enseignements tirés de ce mandat partagé avec Chakib Alj, notamment la nécessité de préserver l’unité interne de la CGEM dans les périodes sensibles.
Ce rapport assumé à la confiance apparaît presque comme une méthode de gouvernance. Mehdi Tazi le dit d’ailleurs sans détour : «Pas besoin de chercher le conflit, mais pas non plus de complaisance.»
Le message est clair : le duo veut inscrire la relation entre la CGEM et les pouvoirs publics dans une logique de coopération exigeante plutôt que d’opposition permanente. Une ligne qu’ils considèrent plus adaptée au contexte actuel, alors que le Maroc accélère plusieurs grands chantiers stratégiques.
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L’autre force du tandem réside justement dans cette complémentarité entre expérience institutionnelle et expertise industrielle. Mohamed Bachiri connaît lui aussi parfaitement la maison CGEM. Figure reconnue du monde industriel marocain, il a déjà occupé plusieurs responsabilités au sein de la Confédération et avait même assuré la présidence par intérim de la CGEM en 2019. Une expérience qui lui a permis de mesurer de l’intérieur les enjeux de représentation patronale et les attentes des entreprises marocaines.
Le binôme ne vient donc pas découvrir l’institution. Il arrive avec un background solide, construit au fil des années au sein même de la Confédération et nourri par des responsabilités opérationnelles de premier plan.
Le parcours des deux hommes éclaire d’ailleurs cette vision. Depuis 2017, Mehdi Tazi dirige ASK Capital, une holding présente dans l’assurance, l’immobilier et les services aux entreprises. À travers ses différentes participations, le groupe emploie près de 500 personnes et évolue dans des secteurs stratégiques allant du courtage en assurance à la réassurance africaine, en passant par les services IT et l’immobilier locatif.
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Avant cela, il a marqué le secteur de l’assurance en dirigeant Saham Assurance jusqu’à sa cession au groupe sud-africain Sanlam. Diplômé de Télécom Paris Sud puis titulaire d’un MBA de l’INSEAD, Mehdi Tazi appartient à cette génération de dirigeants marocains ayant construit leur carrière à l’intersection de la finance, du management et de la gouvernance stratégique.
Au fil des années, il s’est également imposé dans plusieurs grandes institutions nationales : CIMR, CNSS, Tamwilcom, AMDIE, Fondation marocaine du préscolaire, ISCAE ou encore CGEM, autant d’espaces où il a développé une connaissance fine des mécanismes économiques et sociaux du pays.
À ses côtés, Mohamed Bachiri apporte un profil davantage tourné vers l’industrie et l’exécution opérationnelle.
Né en 1965, lauréat de l’Université de Lille et titulaire d’un European Executive MBA de l’ESCP, il débute son parcours chez Lafarge Maroc avant de rejoindre Renault Maroc en 2006. Il devient alors l’un des premiers cadres marocains impliqués dans le projet stratégique de l’usine Renault-Nissan de Tanger, en tant que directeur des ressources humaines du groupe.
Cette expérience marquera profondément son parcours. Elle lui permettra surtout de participer de l’intérieur à l’une des plus grandes réussites industrielles du Maroc moderne.
Décoré par le Roi Mohammed VI en 2012 lors de l’inauguration de l’usine de Tanger, Mohamed Bachiri poursuivra ensuite une carrière internationale au sein de Renault Espagne avant de revenir au Maroc en 2015 pour prendre les rênes de la SOMACA. À ce jour, il demeure le seul Marocain à diriger une usine du groupe Renault.
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Ce parcours nourrit aujourd’hui son discours sur la souveraineté productive, l’intégration industrielle et la montée en gamme. «Il faut passer d’une logique d’intégration horizontale à une logique d’intégration verticale», insiste-t-il lors du point de presse.
Derrière cette formule technique se cache une ambition claire : permettre au Maroc de produire davantage localement, y compris dans les segments à forte valeur ajoutée. Le tandem considère en effet que le Royaume doit désormais dépasser le modèle fondé principalement sur les coûts compétitifs de main-d’œuvre. «Lorsqu’un secteur repose uniquement sur une main-d’œuvre peu chère, il part aussi vite qu’il est arrivé», avertit Mehdi Tazi.

Le duo fixe ainsi un objectif précis : atteindre «autour de 70% d’intégration locale» dans les secteurs où cela est possible. Automobile, industrie manufacturière, équipements industriels ou innovation technologique : les deux hommes veulent renforcer l’ancrage du capital national et développer une véritable souveraineté productive.
Cette approche s’inscrit clairement dans les grandes orientations stratégiques du Royaume. À plusieurs reprises, Mehdi Tazi évoque d’ailleurs les priorités nationales liées à la souveraineté alimentaire, sanitaire ou industrielle.
Pour les deux dirigeants, la protection durable de l’économie marocaine passe désormais par une montée en gamme industrielle, une meilleure maîtrise technologique et une capacité accrue à créer localement de la valeur ajoutée.
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L’innovation constitue justement l’un des piliers majeurs de leur programme. «Il faut sortir d’un mindset de copie pour entrer dans un mindset d’innovation», affirme Mehdi Tazi.
L’intelligence artificielle, les data centers, la digitalisation des entreprises ou encore les technologies industrielles occupent une place centrale dans leur vision. Mohamed Bachiri insiste notamment sur la nécessité de bâtir un écosystème industriel capable de produire localement certaines machines et équipements encore massivement importés.
«Aujourd’hui, le Maroc importe énormément d’outils industriels. Il faut créer un écosystème capable de produire ces équipements localement», explique-t-il.
Le tandem entend également renforcer le lien entre formation et besoins réels des entreprises. Réforme de la formation professionnelle, dispositifs sectoriels spécialisés, accompagnement des compétences industrielles : les deux dirigeants veulent rapprocher davantage le système éducatif du tissu économique. Cette logique d’impact traverse l’ensemble de leur programme.
Sur l’environnement des affaires, Mehdi Tazi promet un «choc de simplification administrative». Le duo plaide pour passer d’une logique d’autorisation à une logique de cahier des charges partout où c’est possible.
Fiscalité locale, accès au foncier industriel, financement des TPME, dette subordonnée ou fonds d’investissement : les deux hommes veulent lever plusieurs freins structurels qui pèsent encore sur la compétitivité des entreprises marocaines. «Il faut continuer à libérer l’énergie d’entreprendre», résume Mehdi Tazi.
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Le tandem mise également fortement sur le rayonnement international du Maroc. Afrique, export, diaspora marocaine, ouverture de nouveaux marchés : les deux dirigeants veulent faire de la CGEM un accélérateur de présence économique marocaine à l’international.
Pour Mehdi Tazi, la compétitivité reste d’ailleurs le meilleur indicateur de performance économique. «Lorsque les entreprises exportent, c’est qu’elles sont compétitives au niveau mondial», explique-t-il.
Mais ce qui frappe probablement le plus durant cette rencontre avec la presse reste cette impression de stabilité et d’alignement entre les deux hommes. À plusieurs reprises, Mehdi Tazi revient sur l’importance de ne pas céder aux tensions extérieures ou aux logiques de confrontation interne. «Il y a une vraie confiance entre nous deux», insiste-t-il encore. «Aucune personne ne pourra rentrer entre nous sur quoi que ce soit.»
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Dans la salle, cette cohésion saute effectivement aux yeux. Les regards se croisent souvent avant les réponses. Les phrases se terminent parfois mutuellement. Le duo semble fonctionner sur le même rythme, avec une même lecture des priorités économiques du pays.
À travers cette campagne, Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri cherchent finalement à incarner une nouvelle étape pour la CGEM : plus stratégique, plus structurée, mais aussi plus impliquée dans les grandes transformations nationales.
Et derrière cette complicité assumée se dessine une ambition plus large : accompagner ce qu’ils considèrent comme une séquence historique pour le Maroc. «Nous voulons contribuer à faire passer le Maroc à un niveau supérieur», résume Mehdi Tazi. Une formule qui pourrait bien devenir la ligne directrice de leur mandat à la tête de la CGEM.
À l’heure où nous mettions sous presse, le binôme Mehdi Tazi-Mohamed Bachiri venait d’être élu haut la main respectivement président et vice-président de la CGEM, confirmant ainsi la confiance accordée par les membres de la Confédération à ce tandem placé sous le signe de la continuité, de l’expérience et de l’accélération.