Le 1er juillet 2026, le bulletin des aléas climatiques du Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET) confirme l’emprise du phénomène El Niño. En une seule carte des risques, le Maroc est placé en alerte canicule. Aux États-Unis, le « droit à la fraîcheur », relancé par Lincoln Restler, un conseiller municipal américain, est aujourd’hui devenu un projet d’utilité publique, qui oblige les opérateurs immobiliers à prévoir les dispositifs de climatisation dans les projets immobiliers. Face à cette urgence climatique qui s’installe durablement, quelle action politique faut-il désormais engager pour protéger les populations ? Analyse.
Le bulletin FEWS NET du 1er juillet ne place pas le Maroc sur la carte des risques par hasard. Le royaume y figure aux côtés du Soudan du Sud, officiellement basculé en sécheresse, et du Ghana, qui comptabilise déjà 13 morts sous les eaux à Accra. Trois visages d’un même choc, trois urgences qui dévoilent la vulnérabilité des systèmes face aux climats. Dans une forme d’expérience social, nous avons lancé une annonce sur Marketplace. Grande était la surprise, près de 1141 clic en 20 minutes et de nombreux appels et messages sur WhatsApp.
Ils sont donc nombreux ces citoyens qui cherchent des solutions face à cette vague de chaleur extrême. Le Maroc suffoquera sous plus de 35°C cette semaine. Mais derrière ce chiffre anodin en apparence se cache une réalité agronomique brutale : « Des températures largement supérieures à la moyenne, dépassant les 35°C, entraîneront une chaleur anormale sur certaines parties du Maroc durant la période de prévision », stipule l’alerte.
La traduction agrométéorologique est immédiate : un stress thermique marqué sur les cultures de printemps encore au champ, une évapotranspiration accélérée qui assèche les sols déjà fragilisés par une pluviométrie irrégulière, et une pression accrue sur les ressources hydriques disponibles pour l’irrigation et l’élevage.
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Le bulletin ne détaille pas les anomalies attendues en degrés, mais place le Maroc dans une liste où figurent également des zones bien plus régulièrement exposées aux extrêmes thermiques, comme le Soudan ou l’est de la Centrafrique. Cela indique que l’intensité anticipée sort de l’ordinaire, même pour un climat méditerranéen habitué aux étés chauds. C’est ce caractère exceptionnel qui doit alerter les décideurs économiques. Une canicule au moment de la formation des grains des céréales ou de la fructification des arbres peut amputer les rendements de manière irréversible. Et pour un pays comme le Maroc, dont l’agriculture représente encore une part significative du PIB et de l’emploi, chaque degré supplémentaire est un coup porté à la compétitivité et à la sécurité alimentaire.
El Niño, ce perturbateur global qui frappe à la porte
El Niño est un phénomène climatique lié au réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique tropical central et oriental, qui modifie les courants atmosphériques et perturbe les régimes de pluies et de températures à l’échelle mondiale. C’est dans ce contexte que le dernier bulletin du FEWS NET, daté du 1er juillet, dresse une carte africaine traversée de fractures climatiques violentes. El Niño, officiellement présent, orchestre une série de chocs qui, en cette première semaine de juillet, font émerger des pays au destin météorologique radicalement opposé. Sécheresse prolongée, inondations meurtrières, vagues de chaleur anormale : le continent se découvre une fois encore en première ligne d’un dérèglement qui ne laisse aucune région indemne.
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Le Maroc, entré dans le viseur du réseau pour une canicule, rappelle que l’Afrique du Nord n’est pas à l’abri des contrecoups d’un Pacifique anormalement chaud. C’est là un enseignement géopolitique majeur : les aléas climatiques ne connaissent pas de frontières, et un phénomène né à des milliers de kilomètres peut déstabiliser en quelques semaines des économies entières. Pour les décideurs économiques, ces signaux sont autant d’indices sur les tensions à venir sur les marchés céréaliers, les besoins d’importation, la disponibilité de main-d’œuvre agricole et la stabilité des bassins de production. Une sécheresse qui s’installe au Soudan du Sud ou une production maraîchère marocaine frappée par la canicule ne restent pas sans conséquence sur les équilibres régionaux.
Le Maroc, traditionnellement exportateur de fruits et légumes vers l’Europe, pourrait voir ses volumes et sa qualité compromis, ouvrant une brèche dans laquelle s’engouffreront d’autres fournisseurs. C’est tout l’édifice de la stratégie agricole marocaine qui vacille sous l’effet d’un Pacifique trop chaud.
« Le Maroc doit se préoccuper sérieusement de ces vagues de canicules, les vagues de chaleur et les canicules qui deviennent très récurrentes ces dernières années. Pour l’instant, on n’a pas de crainte de dôme thermique, puisque les vallées planétaires autour de la crête planétaire, c’est la crête planétaire qui crée le dôme, la crête, c’est une ondulation positive qui pousse l’air chaud vers le nord, vers le pôle. Et la vallée planétaire, c’est une onde négative dans laquelle pousse l’air froid vers chez nous, vers le sud.
Donc, le dôme thermique se constitue de cette crête planétaire, entourée à l’ouest et à l’est des vallées planétaires qui ne peuvent pas se déplacer vers les endroits où la crête s’est installée. Et donc, au Maroc, on n’a pas encore eu ça, et je ne pense pas qu’on aura les conditions qui favorisent l’installation de ça pendant la saison chaude, pendant l’été, à l’envers de l’Europe où la géographie a ses règles. Mais les vagues de chaleur, elles sont là, elles demeurent toujours et elles vont continuer.
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Certainement, avec le réchauffement climatique, elles deviendront plus chaudes qu’elles ne l’ont été auparavant. Et cette année, on est en phase d’une lignure qui se développe dans une planète qui est réchauffée, où il y a plus d’énergie que la situation normale. Et donc, la canicule aggravée par le réchauffement climatique fera qu’augmenter la température. Alors, ceci a eu un impact direct ou indirect sur plusieurs secteurs, pour compter premièrement l’eau, puis l’utilisation de l’eau en agriculture en particulier, et le stress qu’effectue la chaleur sur le développement des plantes, soit en la poussant à transpirer davantage si l’eau est disponible, soit à être abîmée si elle ne réussit pas à répondre à ce forçage thermique. Dans tous les cas, le cycle de développement des végétations est perturbé. Et dans tous les cas, on voit sur le marché que nous avons plusieurs produits qui ont été mûris.
Si vous voulez, avec la température élevée, mais mal nourris, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas encore sucrés correctement, etc. Et donc, il y a une perturbation totale et générale des cycles de développement en agriculture en particulier. Mais aussi sur la santé humaine, sur la santé animale, sur la santé végétale.
Donc, ce sont des impacts globaux. Et à partir de là, il ne faut pas oublier que d’autres conditions se développent vis-à-vis des feux de forêt. Et qui sont à la fois la température élevée, l’humidité relative basse, et parfois un vent plus fort que la normale », explique Said Karouk expert en Météo et climat. Et d’ajouter : « Et ces conditions favorisent le déclenchement des feux de forêt. Principalement là où on a des surfaces importantes de forêt, telles que les régions nord, les régions de montagne, etc.
Alors maintenant, le gouvernement marocain est obligé de prendre en considération ceci, au moins sur le plan politique. Alors maintenant, sur le plan stratégique, sur le plan d’accomplissement, sur le plan de l’application sur le terrain, ceci ne viendra pas demain. On va encore souffrir de l’impact de la chaleur et des canicules, en attendant que le gouvernement puisse décréter des lois et des règles, et les imposer aussi. Il ne suffit pas de décréter des règles et des lois.
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Il faut aussi avoir la possibilité de les appliquer. Et jusqu’à aujourd’hui, nous avons plusieurs réglementations qui ne sont pas appliquées dans le bâtiment, dans l’aménagement de territoire, d’une manière globale. Je peux donner quelques exemples, telle que l’efficacité énergétique, telle que les normes d’assainissement, les normes du bâti vis-à-vis de la température, et ceci, tout le monde peut l’observer sur le terrain. »
Le poids d’une agriculture sous perfusion hydrique
Ce qui rend la canicule de juillet 2026 particulièrement inquiétante, c’est qu’elle intervient dans un contexte de fragilité hydrique déjà bien documenté. Le bulletin FEWS NET mentionne explicitement une « pression sur les ressources hydriques ». Cette pression n’est pas nouvelle, mais elle atteint désormais un niveau critique. Les barrages marocains affichent des taux de remplissage historiquement bas, les nappes phréatiques se vident à un rythme alarmant, et la concurrence entre usages agricoles, urbains et touristiques s’intensifie. Dans ce contexte, une canicule précoce agit comme un accélérateur de crise. L’évapotranspiration accélérée assèche les sols et réduit d’autant l’efficacité des intrants agricoles. Les cultures de printemps — céréales, légumineuses, cultures maraîchères — sont les premières touchées. Or, ce sont précisément ces cultures qui garantissent l’autosuffisance relative du pays et les revenus de centaines de milliers de petits exploitants.
Le stress thermique sur les cultures, couplé à la raréfaction de l’eau d’irrigation, pourrait entraîner une baisse significative des rendements. Les conséquences en chaîne sont prévisibles : augmentation des importations céréalières, pression sur la balance commerciale, hausse des prix intérieurs, et fragilisation des ménages les plus modestes, qui consacrent déjà une part importante de leur budget à l’alimentation. C’est tout un équilibre macroéconomique qui se trouve menacé par une anomalie thermique de quelques jours.
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« Qu’on le veuille ou pas, on va devoir supporter toutes ces conséquences de réchauffement climatique et tous ces événements qu’il faut cesser de nommer comme étant exceptionnels, comme étant excessifs. Ceci est vrai vis-à-vis du climat qui n’existe plus, que nous avons laissé derrière nous. Donc nous, maintenant, on vit dans un nouveau climat par rapport à celui qui était éteint à partir de la fin des années 70, n’est-ce pas ? Mais qui continue à évoluer vers un climat plus chaud.Donc des records thermiques seront, chaque année, chaque mois, battus vis-à-vis des mêmes endroits eux-mêmes. », prévient Karouk.
Le « droit à la fraîcheur » : une réponse?
Lincoln Restler, un conseiller municipal américain, a relancé l’idée d’un « droit à la fraîcheur », aujourd’hui devenu un projet d’utilité publique, qui oblige les opérateurs immobiliers à prévoir des dispositifs de climatisation dans les projets immobiliers. Cette initiative, si elle est louable et nécessaire dans un pays où les vagues de chaleur deviennent meurtrières.
« Au Maroc à l’aune des élections nos élites doivent mettre cette question au cœur de débat. Aujourd’hui par exemple comment se fait-il qu’on ne dispose pas d’une industrie de la climatisation…ou on est obligé d’importer. De plus la climatisation ne règle le problème, il y a lieu de repenser nos modes de construction afin de les adapter à ce nouveau contexte climatique. Dans ce sens au sein de l’Association des Enseignants des Sciences de la Vie et de la Terre du Maroc (AESVT Maroc) nous comptons lancer un vaste programme dans les 12 régions avec nos ingénieurs afin d’aider les citoyens a mieux aérer et isoler leur maison et ce dans l’objectif de mieux supporter ces conditions de chaleur extrême », alerte Ksiri.
Et par ailleurs « il faut dire que la climatisation massive suppose une production électrique abondante, des réseaux de distribution robustes et une capacité financière des ménages à supporter des factures d’électricité alourdies », explique l’expert. « Aujourd’hui il faut donc un plan d’urgence d’adaptation ». Dans le domaine du travail aussi il faudrait que le débat sur le congé climatique démarre permettre le télétravail pour certains collaborateurs…Pour rappel, le Maroc n’est pas dépourvu d’atouts. Le pays a développé ces dernières années une stratégie climatique ambitieuse, avec des investissements massifs dans les énergies renouvelables, une politique de l’eau réformée et des programmes d’adaptation agricole.