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Sortir de la deuxième préhistoire ou périr ensemble

Imaginons un monde où tous les êtres humains parlent la même langue, s’habillent de la même façon, mangent les mêmes repas, pensent de la même manière (…), un monde où les différences s’effacent pour céder la place à une « standardisation » des modes de vie. Ce serait tout simplement un monde sans vie, dans la mesure où la mort n’est pas seulement clinique. Le monde d‘aujourd’hui est le fruit de processus complexes où la diversité est quasi-infinie. Chaque individu est unique. Chaque peuple ou nation a ses propres repères, sa propre identité plurielle, s’enrichissant dans des sources multiples, comme ces rivières et fleuves qui versent dans les mers et les océans. L’universel et le spécifique, le global et le local, se nourrissent réciproquement. Or, aujourd’hui, la diversité est menacée. Elle a tendance à s’estomper. La perception négative de la différence génère le rejet de l’autre, voire la haine et la violence. Que cette violence soit monopolisée par un Etat ou exercée extra-légalement par des individus ou groupes d’individus, qualifiés à tort ou à raison de « terroristes ».

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A travers l’Histoire, des groupes humains, pour survivre, ont créé des modes de vie, des nations, c’est-à-dire, tout simplement, des modes d’organisation où le « vivre ensemble », basé sur des règles, n’a jamais été ni linéaire ni statique. Dans ces modes de vie, les êtres humains ont essayé de donner, de manière différente, des réponses au mystère de l’existence, de la vie. Aucune croyance n’est supérieure à une autre. L’instrumentation des religions, par les pouvoirs en place ou par des groupes concurrents, a toujours été à l’origine de conflits, de destructions et de massacres. Aucun groupe humain constitué ne détient la vérité absolue. La démocratie a été l’une des meilleures inventions de l’humanité. Son exercice effectif a favorisé des processus de paix au sein des groupements humains et entre les différents groupements humains organisés en Etats-nations. La démocratie peut encore avoir un bel avenir, cette fois-ci mondial. Autrefois, autour du bassin méditerranéen, en Grèce, la démocratie athénienne a été limitée aux individus ayant le statut de citoyens, excluant femmes, étrangers et esclaves.

C’est là une extraordinaire coexistence antagonique de la démocratie et de l’esclavage. Aujourd’hui, le même système prévaut dans l’Etat sioniste d’Israël où seuls les juifs, de par la loi, peuvent accéder à une citoyenneté pleine et entière.  L’extrême droite sioniste, nourrie de peur et de haine, va même jusqu’à prôner une supériorité ethnico-raciale, voire une extermination de l’autre, en tout cas une négation de son droit à l’existence, parce qu’ayant une croyance différente. Ce qui nourrit réciproquement des attitudes négatives extrêmes dans l’autre camp. Dans le contexte actuel d’une « mondialisation en panne », où la dimension humaine a été marginalisée par la logique de profit et de puissance, la démocratie est à réinventer pour que la Déclaration Universelle des Droits Humains, qui fête ses 75 ans, puisse avoir un sens réel. Il n’existe ni « barbares » ni « sauvages » sur terre. Il n’existe que des êtres humains différents. La véritable force des humains est dans leur capacité à se comprendre et à se respecter réciproquement.

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Avec un processus de mondialisation non limité à la libre circulation des capitaux, étendu à la libre circulation des humains, aux cultures, aux valeurs immatérielles, les frontières peuvent ne plus être des obstacles et des sources de conflit. Cela pourrait annoncer le crépuscule de cette deuxième préhistoire des humains et l’aube d’un nouveau monde de fraternité dans la diversité et de paix. Cela semble être une utopie. Mais sans utopie, la vie n’aurait plus de sens. Elle deviendrait synonyme de la « mort morale ». Elle ne vaudrait plus la peine d’être vécue. Espérons ne pas donner raison à Albert Camus.    

 
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