Santé

Pourquoi certains médicaments se font rares dans les pharmacies

Dans la plupart des pharmacies aujourd’hui, il est difficile d’y aller avec une ordonnance et de trouver tous les médicaments d’un seul coup… Au lieu de se lancer dans un marathon interminable, la solution se trouve souvent sur commande spéciale. Décryptage !

Au Maroc comme partout dans le monde, la santé est l’un des secteurs fondamentaux du développement économique et de la croissance, et reste au centre des préoccupations des pouvoirs publics. Selon une étude de l’OMS, un individu en bonne santé est économiquement plus productif, contribuant ainsi à la croissance économique, car le niveau de santé influence la productivité de chaque travailleur, affectant ainsi le progrès économique. C’est pourquoi tous les pays considèrent ce secteur comme un aspect important de leur développement socio-économique.

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Au Maroc, la dernière initiative en date a été l’annonce de la réduction des prix de certains médicaments. En détail, cette mesure vise à baisser les prix des médicaments soumis initialement à une TVA de 7%, en les exonérant de cette taxe, aussi bien au Maroc qu’à l’importation, afin de réduire les dépenses médicales et d’améliorer l’accès des citoyens aux traitements essentiels. Bien que cette mesure semble intéressante d’un point de vue économique, du côté des pharmaciens, c’est plutôt la panique.

Au mois de mars, environ 1 200 médicaments, soit 19,3% des 6 211 références disponibles, ont manqué sur les étagères des pharmacies, selon la presse marocaine, alors qu’en 2019, le ministère de la Santé estimait que seulement 1 à 2% des médicaments étaient touchés par une pénurie dans le pays. Le Maroc est confronté à une tension croissante autour de ses chaînes d’approvisionnement, accentuée par les récents conflits mondiaux, notamment la guerre en Ukraine, confie un pharmacien. La semaine dernière, nous avons constaté nous-mêmes ce manque dans plusieurs pharmacies. Parmi les médicaments qui manquent à l’appel, citons l’Octrivine, prescrit dans le traitement des congestions, ou encore l’Alyse 25mg, prescrit pour le traitement des douleurs musculaires. Il est cependant difficile de quantifier exactement le volume de médicaments concernés.

Deux causes

Interrogé par Challenge.ma pour comprendre les causes de cette pénurie, Al Mountacer Charif Chefchaouni, gestionnaire hospitalier et expert international en santé, explique que cette situation est due à une double causalité. « Il y a deux causes : premièrement, la suppression de la TVA a entraîné des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement, depuis les laboratoires jusqu’aux grossistes et aux pharmacies (changement de packaging, adaptation des nouveaux prix), ce qui a entraîné des ruptures de certains médicaments dans un marché international déjà marqué par de grandes ruptures.

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La deuxième cause est le mode de gestion des pharmacies, qui limite de plus en plus leurs stocks, car c’est de la trésorerie bloquée. Le pharmacien est donc contraint de garder une unité de chaque produit coûteux pour éviter, par exemple, de les perdre en raison de leur péremption. Aujourd’hui, nous assistons à un changement de consommation. Les patients prennent les médicaments disponibles et récupèrent les autres à long terme. »

De son côté, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Khalid Ait Taleb, lors d’une séance plénière de la Chambre des représentants, a indiqué que les ruptures de stocks temporaires de certains médicaments, dont ceux contre le cancer, la thyroïde et le parkinson, dans les pharmacies, sont un phénomène mondial qui ne concerne pas particulièrement le Maroc. Il a expliqué que les problèmes d’approvisionnement sont dus à plusieurs raisons, notamment la disponibilité des matières premières, le processus de fabrication du médicament ou encore sa distribution aux pharmacies, impactant ainsi le processus d’importation par les entreprises locales.

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Le ministre a également assuré de l’organisation du marché des médicaments au niveau national, soulignant que le Maroc dispose du stock nécessaire pour répondre aux besoins croissants en médicaments. Ce stock, a-t-il ajouté, fait l’objet d’un contrôle continu et strict sur une base hebdomadaire pour garantir que le stock de réserve de tous les médicaments essentiels est respecté, notant que cette démarche permet d’intervenir proactivement et immédiatement en cas de problème.

Quand la FMIIP prévenait

Dans une note publiée après l’annonce, la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP) a alerté sur les conséquences. « Cette mesure impactera directement le coût de production de 20% des établissements pharmaceutiques industriels, d’autant plus qu’elle ne pourra pas être répercutée sur les prix publics de vente, qui sont fixés par décret. De plus, cette mesure constituera une menace pour la compétitivité des produits pharmaceutiques fabriqués localement (78% de la consommation au Maroc en volume) et favorisera leur importation, car elle constitue un frein à l’investissement.

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En conséquence, cette mesure affectera la souveraineté sanitaire marocaine, alors que 800 MDH sont investis annuellement par les EPI depuis 2013″, expliquait la note. Pour rappel, avec un poids de 1,5% du PIB national, 53 établissements pharmaceutiques industriels (EPI) et un chiffre d’affaires annuel frôlant les 17 MMDH, l’industrie pharmaceutique constitue la deuxième activité chimique du Maroc, après celle des phosphates. La FMIIP prévoit, à l’horizon 2035, que le secteur réalisera un chiffre d’affaires global de 80 MMDH et un accroissement du nombre des EPI pour atteindre 110 unités industrielles. Cela représente 150 000 emplois directs et indirects, avec un renforcement du budget d’investissement en recherche et développement (R&D) pour atteindre 5% du chiffre d’affaires annoncé.

 
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