Société

Alain Gresh, un regard critique à connaître

L’époque actuelle est dominée par un dangereux dualisme simpliste excluant toute pensée libre et critique refusant de s’aligner sur des dogmes. D’où l’importance de donner la parole et de faire connaître des penseurs qui résistent aux vents de la pensée unique. Alain Gresh en fait partie.

Impossible d’accuser Alain Gresh d’antisémitisme. Il est lui-même descendant de juifs. Sa mère est née de parents russes juifs. Son père naturel, issu d’une famille juive, est Henri Curiel, militant communiste et internationaliste, assassiné à Paris, en 1978, par le Mossad. A travers Alain Gresh, il est possible de découvrir la nécessité de combattre la confusion volontairement entretenue par la plupart des médias occidentaux entre antisionisme et antisémitisme.

Alain Gresh est né au Caire, en Egypte, en 1948. En arrivant en France, à l’âge de 14 ans, il adhère aux jeunesses communistes, en France. Il sera, à la fin des années 1970, membre de la section de politique extérieure du PCF, chargé du Proche Orient et de l’Afrique du Nord. Il va jouer plus tard un rôle important dans la création de l’association France-Palestine Solidarité (AFPS). L’AFPS était constituée de plusieurs courants politiques, outre le PCF.

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En 2007, Gresh a aussi joué un rôle important dans l’organisation d’une conférence pour l’organisation pro-palestinienne «Génération Palestine», à Paris. Outre ses travaux de recherche sur le Proche Orient, en particulier la Palestine, il a été, pendant plus de dix ans, rédacteur en chef du mensuel « Le Monde Diplomatique », pour être ensuite directeur adjoint, de 2008 à 2014, avant de prendre sa retraite, en 2015, et de fonder le journal en ligne «Orient XXI», site d’information sur le monde arabo-musulman et le Moyen Orient. Il a même été président de l’Association des journalistes spécialisés sur le Maghreb et le Moyen Orient. Gresh a cet avantage de ne pas avoir été formaté ou influencé par l’idéologie coloniale. Son approche basée sur l’observation et sur les enquêtes de terrain lui ont permis d’accéder à la réalité dans sa dynamique historique. Ses recherches ont notamment abouti à une thèse sur l’OLP, avec pour titre «OLP, histoire et stratégies», en 1983, publiée dans un ouvrage préfacé par Annie Kriegel. Celle-ci notera qu’il s’agit du «travail le plus sérieux et le plus riche que l’on possède en français sur l’OLP».

En 1989, Alain Gresh organise avec Hamadi Essid et Jean Paul Chagnolland, avec le soutien de députés européens, un colloque auquel participent pour la première fois, publiquement, des représentants de l’OLP et des députés israéliens, alors qu’à ce moment, l’OLP était encore considérée comme «organisation terroriste». Dans ses nombreuses études sur l’Islam, A. Gresh prend une position ferme contre la thèse du «choc des civilisations», défendue par Samuel Huntington. Pour Gresh, les valeurs humaines universelles peuvent constituer une base commune à la construction d’un vivre ensemble pluriel, respectueux des différences culturelles qui ne sont pas un obstacle à la promotion de la paix, à condition de renoncer à toute instrumentation politique des religions. Tout en dénonçant les préjugés islamophobes, Gresh dénonce aussi la « victimisation » de certains courants musulmans antioccidentaux. Pour lui, il est surtout question de contribuer à l’émergence  d’une alternative autour d’un dénominateur commun.

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Malgré cela, les positions d’Alain Gresh lui ont valu l’étiquette d’islamo-gauchiste, sans que l’on puisse le qualifier d’antisémite. Ses connaissances en géopolitique du Moyen Orient méritent d’être connues et partagées. Dans ce domaine, la compréhension de la réalité observée n’est jamais statique. Elle peut nourrir des valeurs humanistes et surtout des pratiques respectueuses de la dignité humaine. 

 
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