Investissement

Dakhla. Un véritable hub d’investissement vert !

Depuis quelques années, la région est en train de devenir le symbole de l’hydrogène vert au Maroc. Comme le tourisme pour Marrakech, la filière de l’hydrogène est en train de devenir l’identité économique de la région. Décryptage ! 

«La région est parmi les zones les plus ventées au sud du Royaume, c’est une terre favorable aux énergies renouvelables. Les énergies renouvelables constituent l’un des segments partiellement créateurs de valeur et d’emploi. La région pourrait être un véritable pôle d’énergie qui pourrait approvisionner le reste du Maroc et ses voisins africains», annonçait une étude du HCP en 2018 qui portait sur la région de Dakhla. Constat confirmé par l’Expert en énergie, Amine Bennouna. «La région de Dakhla est l’une des régions du Maroc et même du monde où on a une véritable stabilité du vent et de soleil». « Cela représente un atout considérable pour le développement des énergies renouvelables », précise l’Expert. En effet, depuis quelques temps, la région est devenue une véritable destination de grands acteurs de l’hydrogène vert. Récemment, la grosse annonce du polonais Green Capital vient allonger la liste de ces géants du vert qui sont attirés par les atouts de la région. Après avoir créé en avril 2023 une filiale marocaine, sise à Casablanca, le groupe passe à la vitesse supérieure avec le lancement d’un grand projet de 8 gigawatts (8 GW) d’hydrogène vert à Dakhla, chantier qui sera d’ailleurs piloté par son département Green Capital Hydrogen. D’un investissement de 1,28 milliards d’euros, ce méga projet met la lumière sur la région et renforce son identité de région du vert. Rappelons, que d’autres acteurs avaient également porté leur choix sur la région.

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En juillet dernier, Oblin, spécialiste dans l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction de systèmes solaires photovoltaïques et d’éoliennes, avait annoncé vouloir réaliser un grand projet d’énergie renouvelable produisant de l’hydrogène vert et de l’ammoniac dans la région. Cette annonce a été faite en marge d’une visite de terrain d’une importante délégation d’investisseurs britanniques qui a effectué une visite à Dakhla pour la prospection d’opportunités d’investissement dans la région. Du côté du Moyen-Orient, le géant Emirati AMEA Power lui aussi prépare le développement d’un projet hybride solaire et éolien destiné à la production d’hydrogène vert dans la région. Notons que cela entre dans le cadre de la Loi 13-09 qui avait libéralisé, dès 2011, le secteur des ENR au Maroc. Les opérateurs privés se sont vu ainsi accorder la possibilité de vendre l’électricité produite de sources renouvelables directement aux consommateurs finaux.

L’hydrogène, une identité de la région ?

«ENGIE est déjà activement engagé dans la région de Dakhla, en partenariat avec Nareva, avec notre usine de dessalement d’eau de mer d’une capacité de 112 000 m³ / jour. Cette usine sera alimentée par un parc éolien de 72 MW, démontrant notre engagement envers des solutions durables. Notre objectif avec ce projet est de fournir de l’eau potable aux populations locales et de soutenir l’irrigation agricole de la région, le tout alimenté par de l’énergie éolienne renouvelable. Cela illustre notre engagement envers le stress hydrique, un problème mondial qui devrait s’aggraver avec le changement climatique. ENGIE investit de manière significative dans ce secteur critique, mettant en œuvre une expertise de pointe pour la gestion et l’innovation des installations de dessalement, dans l’intérêt des générations futures. De plus, je tiens à réaffirmer que pour l’ensemble de nos projets, nous consultons tous les intervenants pertinents, y compris bien sûr les populations locales, pour garantir que nos activités respectent les droits et les besoins de l’ensemble des parties prenantes », explique d’entrée le DG de ENGIE North Africa, Loïc Jaegert-Huber. Et d’expliquer que: «Nous ne sommes pas surpris par le développement de Dakhla en tant que hub de l’hydrogène vert. Cette région offre un potentiel exceptionnel en raison notamment de son accès à des ressources éoliennes et solaires abondantes.

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Nous sommes toujours ouverts à explorer de nouvelles opportunités dans le secteur de l’hydrogène vert, et nous suivons de près les évolutions positives dans cette région». Abordant la question de la spécificité de la région par rapport à ces investissements, le DG de ENGIE North Africa révèle que « la particularité de la région de Dakhla par rapport à ce genre d’investissements dans l’hydrogène vert réside dans plusieurs facteurs clés : en premier, les coûts de production compétitifs. Dakhla bénéficie de ressources éoliennes et solaires abondantes, ce qui peut contribuer à réduire les coûts de la production d’hydrogène vert par électrolyse. Les investissements dans l’optimisation des coûts de production sont essentiels pour rendre l’hydrogène vert compétitif par rapport aux énergies fossiles. En second lieu, la dimension «infrastructures et logistique développées». Le Maroc, et en particulier la région de Dakhla, travaille à développer une infrastructure adéquate pour produire, stocker et transporter l’hydrogène vert de manière efficace et sécurisée. La création d’un port adéquat est notamment une brique essentielle». Toujours selon notre interlocuteur, il y aurait également la question du cadre réglementaire adapté. « Le cadre réglementaire devra être adapté pour soutenir le développement de l’hydrogène vert, notamment en créant des réglementations spécifiques pour l’hydrogène, en délivrant les permis nécessaires et en établissant des normes de sécurité. L’accès aux financements sera également primordial.

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Aussi, la question de l’approvisionnement suffisant en eau : la production d’hydrogène vert nécessitera de l’eau, et la disponibilité de sources d’eau suffisantes et durables dans la région sera un atout crucial pour ce type d’investissements. D’où l’importance de la brique «dessalement». Et enfin, promouvoir la formation et l’éducation, pour former une main-d’œuvre locale qualifiée dans le domaine de l’hydrogène vert sera particulièrement important. Nous y travaillons déjà avec la Fédération de l’énergie. Stimuler le développement de l’industrie locale en encourageant la production de composants et d’équipements liés à l’hydrogène vert au niveau national pour réduire les coûts d’importation, est également essentiel. Ces facteurs font de la région un lieu prometteur pour les investissements dans l’hydrogène vert, aligné avec nos objectifs en matière de durabilité et de renforcement des chaînes de valeur industrielles à un échelon local, et qui profitent avant tout aux populations concernées ».

Un Hub continental
«Aujourd’hui, Dakhla avec ses infrastructures et son offre en énergie verte, se positionne comme une véritable porte sur l’Afrique et l’Europe », nous confie l’Economiste El Mehdi Fakir. Ayant connu une croissance impressionnante au cours de la dernière décennie, Dakhla représente un hub économique pour la région du Sud et offre un environnement propice aux investissements. Et rappelons d’ailleurs, que sa situation géographique privilégiée en fait un point de passage incontournable pour les échanges commerciaux entre l’Afrique et l’Europe. Le Maroc, sous la vision royale de coopération Sud-Sud, de solidarité et de partage des expériences et de compétences, a constamment encouragé le renforcement des liens avec les pays africains. S.M. Le Roi Mohammed VI a donné des directives royales pour renforcer la coopération entre le Maroc et les pays africains dans de nombreux domaines, notamment l’économie, la sécurité, la culture et la diplomatie. Ces directives ont permis au Maroc de devenir un partenaire clé pour l’Afrique, avec une présence accrue sur le continent à travers des investissements dans des projets d’infrastructures, des échanges commerciaux, des programmes de formation et des projets de développement. Et dans ce contexte de transition énergétique tous azimuts, le Maroc pourrait se positionner comme un véritable acteur dans la région et sur le continent, en créant des couloirs de coopération dans les énergies renouvelables avec ses voisins.

 
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